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Irrigation
Le Conseil départemental sensibilisé au stockage de l'eau

Mercredi 25 août, les élus du Conseil départemental ont répondu présents à l'invitation de la Chambre d'agriculture, pour faire suite aux discussions engagées lors du dernier Salon de l'agriculture. Une quinzaine de personnes ont arpenté le territoire de Sarthe Aval pour y visiter ses réserves d'eau.

Qu'il s'agisse de production fruitière ou de polyculture-élevage, le constat sur le terrain est identique : subir les coupures d'eau l'été entraîne des pertes de rendement de 30 à 50 %. Pour sécuriser les exploitations et maintenir l'emploi local, la constitution de réserves d'eau est perçue comme un levier indispensable. Le principe repose sur le stockage préventif durant les mois pluvieux afin de soulager la ressource durant la période estivale. Éric Timmerman, arboriculteur, témoigne de ce basculement : " Avant la réserve, je pompais dans le forage 24h/24. En 2025, la réserve était pleine au 14 juillet, on n'a pas touché au forage. On préserve les eaux profondes en période compliquée ". Pour Philippe Dutertre, président de la Chambre d'agriculture de la Sarthe, l'intérêt dépasse l'enceinte de l'exploitation : " Si on arrive à créer des réserves, on va maintenir les débits des cours d'eau, augmenter l'humidité des sols ; ce qui garantit la production agricole et la viabilité du milieu écologique. "

Technicité et réglementation

Afin d'optimiser l'utilisation de la ressource stockée, les agriculteurs adaptent leurs pratiques et investissent dans des matériels de précision. Entre goutte-à-goutte, pivots et micro-aspersion, le choix des équipements s'avère stratégique. Ces aménagements s'accompagnent de systèmes variés, des retenues collinaires naturelles en argile aux réserves artificielles étanchéifiées par bâche. Ces dernières sont toutefois strictement réglementées et totalement déconnectées des cours d'eau pour être exclues des arrêtés de sécheresse. Comme le rappelle Sylvain Haye : " Pour éviter les restrictions, il faut que la réserve soit totalement déconnectée du milieu, son remplissage se fait uniquement par prélèvement hivernal ". La réglementation changeante et les critères d'éligibilité aux mesures d'accompagnement qui ne cessent de se modifier, perdent totalement los agriculteurs : "nous avons besoin d'une vision à 10 voire 15 ans pour transmettre nos exploitations" annonce Philippe Dutertre. Pascal Jousse, président de l'IBVSA, rebondit : "ma fille s'installe bientôt, si elle n'a plus le droit d'irriguer dans 10 ans, je me demande comment elle fera du lait. Pour preuve, cette année j'ai 7 hectares de maïs non irrigués et pas une bosselle dedans ; je n'avais jamais vu ça".

Un parcours adminisitratif lourd

La réalisation de ces ouvrages est un véritable parcours du combattant. Le coût financier représente un frein majeur : la création d'une réserve étanchéifiée atteint rapidement des centaines de milliers d'euros (10 € le m³ d'eau stockée, soit 250 000 € pour une réserve de 25 000 m3), la bâche représentant à elle seule plus de la moitié de la facture. À cela s'ajoutent les frais d'études préalables (10 000 € à 15 000 €) engagés sans aucune garantie d'accord de l'administration. La question du classement des sols en zone humide vient régulièrement paralyser les projets, même lorsqu'ils permettraient de stocker l'eau sans impacter la biodiversité. François Boussard, conseiller départemental : " Ce n'est pas après une année comme celle-ci que nos agriculteurs vont pouvoir sortir des investissements de cette ampleur sans avoir la certitude que ça débouche sur une autorisation. " Pour les représentants du monde agricole, il existe un décalage majeur entre le temps administratif et le temps de l'exploitation. " L'administration veut s'assurer du court terme, alors que l'agriculteur mise sur 20 à 30 ans lorsqu'il plante ses pommiers. Il faut qu'on ait ce raisonnement à long terme ", insiste Philippe Dutertre. Alexis Huet, irrigant et polyculteur-éleveur, ajoute en soulignant l'incompréhension de certains riverains : " L'agriculture ne s'enrichira pas grâce à ça, mais compte simplement se préparer pour demain et survivre aux aléas ". Tous réclament un accompagnement viable pour permettre à l'agriculture locale de continuer à produire, plutôt que d'importer des denrées depuis des pays disposant de capacités de production bien plus importantes.

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