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"Les Tunisiens
méritent d'être aidés"

Dans le cadre d'un programme de soutien de l'AFDI* Pays-de-la-Loire à une association de jeunes agriculteurs tunisiens, Arnaud Degoulet, ex-président d'Agrial, s'est rendu dans le centre du pays, pendant une dizaine de jours.

Quel était "l'objet" de cette mission?

Agrial a été sollicité pour porter un diagnostic axé sur les sols de Sened, une ville de 34 000 habitants. Je m'y suis rendu avec Michel Dauton, une ingénieure agronome à Agrial et une personne spécialisée dans l'énergie et le compost. Les pluviométries y sont très basses depuis plusieurs années et les sols, donc, quasi désertiques. Par conséquent, les nappes sont pompées plus que de raison. 

Par les agriculteurs mais aussi par les mines de phosphate...

En effet, elles sont grosses consommatrices et il y a aussi les villes des environs. La production traditionnelle est l'olivier, assez rémunératrice car le marché est très porteur en ce moment. Autrefois, la culture se faisait sans irrigation, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui... Mais la Tunisie demeure le troisième producteur mondial d'huile d'olive, derrière l'Espagne et l'Italie.   

L'accès à l'eau est donc de plus en plus profond...

Oui, il faut puiser désormais jusqu'à une centaine de mètres. L'enjeu autour de l'eau est source de beaucoup de tensions. A certains endroits, l'eau se salinise aussi et cela s'ajoute aux problèmes. Certains forages sont même non déclarés...

Quel est le profil de ces agriculteurs?

Jeunes quadras et double actifs. La plupart ont hérité de terrains familiaux et essaient de les mettre en valeur pour arrondir les fins de mois. Ils ne bénéficient pratiquement d'aucune aide financière. Le coût de la vie a sérieusement augmenté avec l'inflation et les salaires moyens stagnent à l'équivalent de 300 euros. 

A part l'olivier, quelles sont les autres productions?

Des pistachiers, amandiers, quelques plantes aromatiques comme la menthe, et un peu de maraîchage pour les carottes, notamment. Dans certaines régions un peu plus fertiles, on voit quelques cultures de céréales (ndlr: blé, orge, triticale) entre les oliviers.  

Revenons au sols, quelles actions concrètes pouvez-vous mener pour essayer d'améliorer les choses?

Nous avons réalisé des prélèvements. L'enjeu désormais, c'est que les échantillons soient analysés par un Centre de recherche gouvernemental à Nabeul. Car il faut déjà avoir une vision de la fertilité chimique des sols. Même si on sait qu'il y a peu de vie dans les sols. A ce titre, les fourrages se raréfient, donc par conséquence, les élevages de vaches. On a rencontré un producteur qui en avait seulement quatre... Un mouton coûte 150 euros, comme chez nous. Il y a heureusement des élevages de volailles. On a vu un bâtiment de 5000 poulets qui était plutôt bien conçu. Pour revenir aux sols, on est reparti avec plus de questions que de solutions. Mais avec la raréfaction de l'eau, il est primordial d'utiliser au mieux le potentiel des sols en s'appuyant sur quelques agriculteurs moteurs. On a vu des sols enherbés, désherbés. Ils labourent énormément, une habitude ancestrale et atavique. Il s'agirait donc d'expérimenter des dispositifs assez simples. En termes de données, on part quasiment de zéro, mais ces agriculteurs méritent d'être aidés car ils sont plein de bonne volonté. Ils ont juste besoin d'outils et, surtout, de gagner leur vie.    

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