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Bovins viande
Table ronde Interbev : défendre son bifteck ensemble

L'Association interprofessionnelle du bétail et des viandes Interbev Pays-de-la-Loire, accompagnatrice de la filière bovine, a organisé une table ronde la semaine dernière au Mans. Le débat s'est animé sur l'enjeu de la contractualisation.

Peu d'éleveurs, au grand dam de Sébastien Valteau, président d'Interbev PDL, mais des interventions riches en enseignements. La première conférence de l'Interprofession organisée le 22 mars au Cinéma Pathé du Mans a offert des trajectoires et des pistes dignes d'intérêt pour l'avenir. Galvanisée par Delphine Breton, chargée de mission filière viande à la Chambre d'agriculture, la table ronde s'est particulièrement animée au moment d'aborder les modèles d'organisation qui pourraient améliorer la répartition de la valeur de la viande bovine. "A l'entrée et à la sortie des abattoirs, nous n'avons pas assez sécurisé à la fois nos approvisionnements et nos débouchés, a lancé Yann Denou, directeur des approvisionnements d'Elivia. Avec tous les maillons de la filière, il nous faut travailler une mécanique de prix connus et de volumes engagés. Tout le monde sera plus à l'aise car ces variabilités coûtent très cher au consommateur. En France, nous avons tous les outils, des éleveurs et des abatteurs. Il s'exporte chaque année un million de têtes qui se fait engraisser dans d'autres contrées. Si ce million était engraissé en France, cela couvrirait quinze semaines d'abattage." Il prévient : "On revoit de la viande (étrangère) entrer en France : en fast-food, en restauration et dans certaines enseignes de distribution. Il y a de grandes chances que le prix payé aux éleveurs baisse."

"Les Français mangent encore de la viande"

Yannick Duvacher, responsable OP Bovimaine et des achats vifs Socopa, a expédié la balle du même côté : "Le frein, ce sont les éleveurs qui ne sont pas prêts à mettre les choses en place. Cela fait deux ans que la viande est bien valorisée et j'entends encore des gens se plaindre que cela ne va pas." Réponse de Laurent Bordeau (Fédération nationale bovine et Interbev) : "Les foyers français mangent encore de la viande bovine, les chiffres le prouvent. C'est donc rassurant, ce qui l'est moins, c'est la contractualisation. Il va bien falloir sécuriser les jeunes qui s'installent après avoir mis 500 000 à un million d'euros sur la table alors qu'ils ne sont pas à l'abri d'un nouvel accord d'échange commercial ou d'une maladie sanitaire." Vincent Noël, éleveur de porcs et de Limousines en Mayenne, invité à la table ronde, a apporté son témoignage : "Vu le montant des capitaux que l'on investit, il est légitime de prétendre à deux Smic par mois (environ 42 000 euros/an), c'est le strict minimum. C'est là où j'en veux aux maillons de l'abattage, la transformation et de la distribution de ne pas avoir pris en considération nos coûts de production. Si on manque de bêtes aujourd'hui, c'est que l'on a dégoûté beaucoup d'éleveurs, faute de visibilité." Une prise de parole qui a déclenché des approbations sonores dans l'auditoire. "Nous sommes transparents sur nos coûts production, tout le monde doit l'être pour trouver de meilleurs terrains d'entente." Pour Yann Denou, la transparence sur les coûts d'abattage est impossible "pour des raisons concurrentielles". Sébastien Valteau a enchéri en surlignant que les opérateurs s'engagent surtout en contractualisation dans la phase d'engraissement. "Il faut trouver d'autres modèles. Je suis également éleveur et les trente ans de galère ont appauvri les cheptels." Yann Denou a consenti que les naisseurs-engraisseurs ont été "un peu oubliés dans la contractualisation" et répondu sur ce point : "On y travaille et il faut absolument en sortir quelque chose. Reste que l'on nous a reproché de ne pas contractualiser pendant trente ans, et que maintenant que cette contractualisation a été dopée par Egalim, on nous reproche de le faire ! D'autre part, quand nous nous engageons à acheter, il faut s'engager aussi à vendre des volumes. Et il ne faut plus que l'animal parte ailleurs à la moindre opportunité..."

Pour les banques, la contractualisation est une nécessité

Laëtitia Chalopin, chargée d'expertise sur le marché agricole au Crédit Agricole, porte bien sûr un regard aiguisé sur la sécurisation des revenus, notamment pour les jeunes qui empruntent de fortes sommes : "Dans les dossiers d'installation, la contractualisation est une nécessité. Les contrats de cinq ou six ans nous rassurent forcément, en espérant plus, évidemment." Vincent Noël, contractualisé pour ses porcs, l'est aussi pour ses vaches de réforme depuis 2018. Depuis cette date, il est rémunéré à hauteur de 90 % de ses coûts de production. "Depuis cet été, les prix du marché se sont emballés et ont dépassé nos coûts de production. On est donc retourné à la table des négociations avec notre client Leclerc, lequel a répondu à nos attentes". A l'issue de cette rencontre et malgré de légitimes divergences entre les différents maillons de la filière, Sébastien Valteau, est persuadé que "les signaux sont suffisamment verts aujourd'hui pour soutenir la dynamique de la filière bovine de la région." Les Pays de la Loire restent la première région de production bovine avec 18 % des volumes et la deuxième région d'abattage de gros bovins (14,3 %). Le bât blesse au niveau de l'âge des exploitants : 45 % des exploitants de bovins viande ont plus de 56 ans. Or, on compte en moyenne 100 à 130 installations en viande bovine par an pour 220 à 230 départs.

Alors que la production baisse beaucoup plus vite que la consommation, l'objectif a été fixé, lors de la Conférence Souveraineté Alimentaire de février 2026 : stabiliser à l'horizon 2030 le cheptel à 3,4 M en France (325 000 en PDL) et augmenter l'engraissement de 80 000 bovins/an.

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