Banque Alimentaire : l'appel pressant
Depuis quatre décennies, la Banque Alimentaire de la Sarthe œuvre contre la précarité. Mais aujourd'hui, l'équilibre vacille : entre l'explosion du nombre de bénéficiaires et des subventions d'État en suspens, l'association doit se réinventer. Jean-Paul Bernadat, figure historique de la structure, sollicite la solidarité des agriculteurs sarthois pour pallier le manque criant de produits frais, de lait et de viande.
Installée depuis 2020 face à l'usine Yoplait au Mans, la Banque Alimentaire de la Sarthe dispose d'un outil logistique de premier ordre. Le Conseil départemental met gratuitement à disposition 1 900 m² d'entrepôts, dont deux chambres froides de 80 m² pour les produits frais et surgelés. "C'est énorme pour nous par rapport à d'autres départements", confie Jean-Paul Bernadat, ancien président devenu prospecteur pour l'association.
Cet outil est plus que jamais nécessaire : en six ans, la situation sociale a basculé. De 8 000 bénéficiaires en Sarthe en 2018, l'association est passée à 18 300 en 2024, avec un pic marqué dès 2022 sous l'effet de l'inflation. En tout, ce sont près d'1,86 million de repas qui sont distribués via une centaine de partenaires (Croix-Rouge, CCAS, épiceries sociales et solidaires). Pour orchestrer cette aide, 90 bénévoles et une dizaine de salariés et contrats aidés s'activent quotidiennement.
Valoriser le produit brut grâce à la transformation
L'une des forces de la banque sarthoise réside dans sa capacité à valoriser les dons, notamment grâce à son atelier de transformation. Cette légumerie permet de préparer des sachets de soupe, de ratatouille ou de salade à partir de légumes flétris ou abîmés. "Les mamans solos qui travaillent tard et les personnes âgées qui souffrent d'arthrose dans les mains apprécient beaucoup", commente Jean-Paul Bernadat. Au-delà de l'aspect pratique, il s'agit d'un enjeu de santé publique : "Ça encourage à consommer et à cuisiner des légumes frais, plutôt que de leur donner de la soupe en sachets lyophilisés. Nourrir sainement est aussi l'une de nos missions !" Si des maraîchers comme les établissements Landreau (Challes) ou l'EARL la Claie du Pin (Mont-Saint-Jean) répondent déjà présents, l'atelier a la capacité de traiter des volumes bien plus importants. Et les fruits ne sont pas en reste : la moitié des 2 tonnes de pommes fournies chaque mois par l'OP Mylord étant transformée en compote ou en confiture sous l'étiquette "le pot solidaire sarthois", un dispositif essentiel "pour éviter le gaspillage".
"On nous demande plus et on nous donne moins"
Le modèle économique de l'association, basé sur un budget de 700 000 €, est aujourd'hui sous tension. Alors que la collecte nationale et celle de printemps (prévue ce week-end les 27 et 28 mars au Mans) ne représentent que 12 % des tonnages, le gros des apports (49 %) provient des dons des entreprises. Parmi les donateurs principaux, les entrepôts Carrefour LCM à Allonnes. Des partenaires historiques également comme Yoplait, "l'un des plus anciens donateurs réguliers", L'Œuf à la Bazoge qui "fait des dons quasiment tous les mois", ou Socopa Cherré - "Nous sommes d'ailleurs la seule banque alimentaire autorisée à distribuer du steak haché frais" - soutiennent la structure. Les charcuteries Bahier font aussi partie des donateurs et des discussions sont en cours avec le groupe LDC. D'autres dons en nature proviennent de l'Europe, sous forme de produits de base : lait, conserves, pâtes...
Pourtant, le compte n'y est plus. Les subventions de l'État qui s'élevaient encore à 120 000 € il y a 2 ans étaient tombées à 50 000 € en 2025 et sont annoncées à zéro pour cette année. L'impact est lourd pour l'association "à qui on demande de plus en plus et à qui on donne de moins en moins en nous sucrant des budgets". Aujourd'hui, le manque se fait surtout sentir en viande et en lait. L'association achète 14 tonnes de lait de consommation par mois avec, entre autres, un partenariat avec la coopérative Eurial "qui nous fait un don partiel en nous vendant la brique de lait UHT 64 cts le litre". Le lait est du reste la seule denrée que l'association achète. "Pour nous, c'est la base". Il y a bien les dons des producteurs, aujourd'hui essentiellement issus de la traite de la foire des 4 jours du Mans, mais depuis la fin des quotas laitiers, la dynamique n'est plus la même. Le besoin en viandes est également criant "sauf que la viande, on n'a plus les moyens d'en acheter... Il nous en faudrait au moins 1 tonne par semaine." L'appel est donc lancé aux producteurs sarthois, notamment laitiers : la Banque Alimentaire a besoin de vos dons pour continuer à nourrir dignement les plus précaires du département. "On a essentiellement besoin de lait, de viande, et on pourrait aussi absorber plus de légumes" résume Jean-Paul Bernadat.