Viande bovine
Blocage de Socopa : l'élevage sarthois réclame des perspectives
Depuis février, alors que le prix d'achat des bovins venait enfin de dépasser depuis quelques mois les coûts de production, les opérateurs de la filière ont remis la pression à la baisse sur toutes les catégories. Une situation incompréhensible et injustifiée pour les éleveurs, qui sont montés au créneau. La colère et le besoin de transparence se sont exprimés en Sarthe sur le site Bigard à Cherré.
Mardi 28 juillet, la Fédération nationale bovine (FNB) a orchestré une action nationale de blocage visant simultanément 16 abattoirs du groupe Charal/Bigard pour dénoncer le " hold-up " de l'aval de la filière. Dans la région des Pays de la Loire, ce mouvement s'est traduit par la paralysie des usines de Cholet (49), de La Roche-sur-Yon (85) et de La Châtaigneraie (85). En Sarthe, les éleveurs de la FDSEA et des Jeunes Agriculteurs se sont mobilisés en barrant les accès du site de Cherré entre minuit et midi, assurant un roulement de 10 à 30 agriculteurs tout au long de la contestation. Des renforts venus des départements de la Mayenne, d'Indre-et-Loire et d'Eure-et-Loir ont également fait le déplacement pour prêter main-forte aux Sarthois.
Stop à l'intox !
La FNB dément formellement les arguments avancés par les opérateurs pour justifier la baisse des cours. La consommation de viande est restée stable entre janvier et mai, avec une baisse négligeable de 0,6 %. Les importations, notamment de viande brésilienne, ont reculé de 1 % sur le premier semestre, contredisant l'idée d'une invasion. Concernant les exportations, la diminution des ventes de broutards résulte d'un manque d'animaux disponibles et non d'un désintérêt du marché, alors qu'une pénurie de 70 000 à 100 000 têtes est prévue pour le second semestre. Enfin, l'engorgement des Jeunes Bovins (JB) est minime, le retard de sortie représentant à peine une semaine de production. Pour la FNB, "ces prétextes visent uniquement à constituer des stocks à bas coût avant l'automne, malgré une offre historiquement faible. "
L'étau se resserre sur les fermes
Rien donc qui ne justifie, pour les éleveurs, qu'en 5 mois le JB ait perdu 1 € du kilo de carcasse et la vache 0,50 €. Alors qu'aucune répercussion à la baisse n'est constatée dans les étals pour le consommateur, ils refusent d'être une fois de plus la variable d'ajustement d'une filière au double discours. Cet hiver, les prix d'achat ont enfin dépassé les coûts de production. Ils se retrouvent aujourd'hui coincés entre les charges qui augmentent et le prix qui baisse. Ceci est d'autant plus incompréhensible, que ce sont 100 000 veaux qui vont manquer en France à l'automne, conséquence des épisodes de crises sanitaires (FCO et DNC) de 2025.
À Cherré, la crise de confiance
Localement, la tension était palpable. Lors du face-à-face à Cherré entre la direction du site Bigard et les représentants syndicaux sarthois, le constat a été sans appel : la filière traverse une crise de confiance majeure entre le monde de l'élevage et le maillon industriel. En Sarthe, l'érosion du nombre d'exploitations s'accélère. Pris en étau entre l'explosion des coûts de production et la baisse continue des prix d'achat, les éleveurs doutent fortement de leur avenir. À cette équation économique s'ajoutent de vives inquiétudes conjoncturelles : la baisse prévisible des naissances (10 à 15 %), les craintes sur les stocks de fourrage pour passer l'hiver et la peur d'une dégringolade des cours. Pris par l'urgence financière et le manque de visibilité, certains éleveurs se voient contraints de vendre leurs animaux prématurément, alimentant une décapitalisation désastreuse pour le département.
De leur côté, les responsables du site mettent en avant les tensions du marché global, soulignant, entre autres, une chute à deux chiffres du secteur du surgelé, accentuée par des flux massifs de viande étrangère à bas prix qui déstabilisent le marché européen.
Un argument qui ne passe pas auprès des producteurs. Face à l'opacité des marges en grande distribution et aux abus de certains acheteurs locaux, le message délivré à Cherré est resté ferme et sans ambiguïté : les éleveurs sarthois exigent un retour immédiat à une réelle éthique commerciale, une transparence totale sur les délais de paiement et, surtout, la garantie de prix rémunérateurs indispensables à la survie de leurs fermes.
Quel avenir pour l'élevage français ?
Alors que la sécheresse vient encore compliquer la gestion des fourrages, les promesses de stopper la décapitalisation et de favoriser l'engraissement en France semblent s'être envolées. Si les industriels et les distributeurs ne redonnent pas rapidement de la visibilité et du moral aux campagnes, c'est la souveraineté alimentaire de notre territoire qui sera définitivement.
Pour Adrien Langot, bénéficier d'une visibilité à un horizon de 10 à 18 mois est capital : "Sans une vision claire et de réelles perspectives d'avenir de la part des industriels, l'installation des jeunes agriculteurs et le développement des exploitations s'avèrent impossibles. Qu'il s'agisse d'investissements ou de la construction de nouveaux bâtiments, tout dépend de cette clarté. Sans elle, nous sommes réduits à une gestion à court terme, voire à envisager une reconversion professionnelle. Ce serait un désastre pour l'élevage français et pour notre souveraineté alimentaire !"