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Patrimoine
“Créer une vie autour du moulin”

La France en a compté jusqu'à 70 000 au 15e siècle. Point de convergence du patrimoine, de l’écologie et de l’histoire agricole, le moulin brasse de nombreux sujets d'exploration. Agri 72 a visité celui de Chadenière à Saint-Marceau, un des 500 moulins à eau sarthois. Mathias Schmitt, ex-rédacteur en chef de l’émission Ushuaïa Nature, s’attelle avec passion à le réanimer.

 

En quoi le moulin fut capital dans l’histoire de France?

Sa production d’énergie hydraulique est à l’origine de l’essor industriel français. Son fonctionnement a également posé les bases de la mécanique des automobiles. Un moulin ne broyait pas seulement du grain mais aussi du chanvre, il servait à fabriquer de la pâte à papier, il était un lieu de forge, de scierie… Son champ d’action était très large.

Et quelle est l’histoire de celui de Chadenière?

Son origine est attestée dès le 11è siècle, de qui en fait un des plus anciens du Maine. Sa particularité est sa construction à l’endroit d’un gué, lequel était un point de passage sur l’ancienne voie romaine reliant alors Alençon au Mans. Ce lieu a toujours été un endroit de résistance car les coteaux en buttes en faisaient un noeud de combats entre Anglais et Français durant la guerre de cent ans. Les habitants et combattants de Saint-Marceau se réfugiaient dans les grottes, toujours existantes, qui surplombaient le moulin. Les Anglais y subirent quelques déculottées et ne maîtrisèrent jamais ce passage sur la Sarthe. Pendant la Révolution, les Chouans en firent aussi un lieu stratégique dans leur bataille avec la Garde nationale.  

Il n’y pas un mais deux moulins…

Oui, le deuxième, plus petit et plus ancien, est situé de l’autre côté de la rivière, sur la commune de Saint-Jean d’Assé. Il permettait de maximiser l’énergie motrice pour broyer les grains de blé. Les paysans des environs et le meunier les louaient au seigneur. Un document de 1850 évoque trois paires de meules dans le grand moulin et une autre paire dans le petit.

Quel était leur état au moment de votre acquisition en 2005?

Le gros oeuvre était en bon état. En revanche, le barrage était percé et il a fallu combler les renards (phénomène d’érosion). 

Quel pourrait être son usage fonctionnel aujourd’hui ?

Il est recensé sur les cartes de Cassini. Il bénéficie donc d’un droit d’eau avec la possibilité de produire de l’énergie. Je vais donc réinstaller une roue en bois sur le petit moulin. La deuxième phase du projet est de réhabiliter certains vannages, afin de retenir l’eau. Car les bassins sont bénéfiques pour l’environnement et d’utilité publique, d’autant plus avec les périodes de sécheresse qui s’accumulent. Dans un horizon plus lointain, il s’agirait de produire une énergie domestique. Je ne veux pas faire du moulin un objet patrimonial ou muséal mais créer une petite économie autour, en faire un lieu de vie. En ce sens, j’ai planté un verger sur 7000 m2 avec l’aide de la Chambre d’Agriculture. Et j’envisage d’aménager un gîte pour l’été. 

Les moulins sarthois n’ont heureusement pas subi la politique d’arasement, au nom de la “continuité écologique”, dont a été victime la Mayenne. Pourquoi?

Parce que l’ASMR 72 (Association de sauvegarde des moulins et rivières de la Sarthe) fut suffisamment structurée et combative pour échapper à la destruction des seuils. Celle-ci devait permettre la circulation des sédiments, des poissons et améliorer la qualité de l’eau. Or partout en Mayenne où les seuils ont été éliminés, la ligne d’eau s’est affaissée, les poissons sont morts… Le constat est catastrophique car c’est une écologie simpliste qui n’avait pas de vision de terrain. La pollution est ailleurs. On n’améliore pas la qualité chimique de l’eau en enlevant des obstacles mécaniques qui sont là depuis le Moyen-Age. Et un seuil crée une multitude de milieux: plus calmes en amont, torrentueux en aval. Il y a des îlots, des méandres, bref une palettes d’éco-systèmes qui participent à la biodiversité.  

Vous êtes en première ligne pour observer les effets du changement climatique sur la rivière. Quels sont les constats?

Depuis quatre ans, le niveau baisse de manière spectaculaire et l’eau se réchauffe. C’est également autour de la rivière que l’on observe des changements. Notamment la présence plus nombreuse d’espèces invasives comme les aigrettes ou les hérons pique-boeufs. Un barrage est une vigie avec un effet-loupe sur l’environnement. On y voit sa dégradation comme ses merveilles.   

 

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