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Loi d'urgence
Du courage politique !

Vendredi 27 mars, les élus de la FDSEA 72 et des JA 72 ont rencontré plusieurs parlementaires sarthois afin de les alerter sur les enjeux liés à la loi d'urgence. Le message est clair : face au déclin de la production nationale, l'heure n'est plus aux promesses mais au "courage politique".

François Boussard, Marietta Karamanli, Thierry Cozic, Julie Delpech et Corentin Jouathel, collaborateur parlementaire de Jean-Carles Grelier. Le Sénateur Louis-Jean de Nicolay était également présent.

Dès l'ouverture des échanges, les élus FDSEA et JA ont exprimé leur incompréhension face aux priorités nationales : " Des lois d'urgence ont été mises en place pour Notre-Dame ou les Jeux Olympiques... mais la souveraineté alimentaire, où est-elle ? "  a commencé par s'interroger Didier Bouttier, secrétaire général de la FDSEA. Un message clair : pour les agriculteurs, la capacité de la France à produire son alimentation devrait être considérée comme un enjeu stratégique majeur.

Un constat de décroissance alarmant

La production agricole française connaît un décrochage sans précédent. En effet, en 40 ans, la part des exploitants dans l'emploi total a été divisée par 6. La question du renouvellement des générations a occupé une place centrale dans les discussions. Interrogé par Thierry Cozic sur le nombre de départs en retraite, Aubin Pageot, vice-président de JA Sarthe, a rappelé ce mur démographique : en Sarthe, on compte désormais un peu plus de deux départs en retraite pour une seule installation. Un déséquilibre préoccupant, renforcé par les difficultés économiques des exploitations. "Dès qu'il y a un grain de sable, il devient beaucoup plus difficile de maintenir une exploitation rentable", a souligné Philippe Dutertre, président de la Chambre d'agriculture de la Sarthe. Les responsables professionnels insistent sur la nécessité de redonner des perspectives aux jeunes : "Il faut qu'on arrête de perdre de la production française", a rappelé Denis Pineau, vice-président FDSEA72. La dépendance aux importations devient elle aussi critique : la France importe aujourd'hui 70 % de ses légumes et 44 % de sa volaille.

Simplification et soutien

Au-delà des chiffres, les agriculteurs dénoncent un environnement de travail de plus en plus contraint. "On veut du vrai soutien et nous laisser faire notre travail, mais on a des entraves qui pèsent de plus en plus sur l'organisation de notre métier", a exprimé Anabelle Chartrain, présidente de la FDSEA 72.

Au cours de l'échange, plusieurs revendications concrètes ont été mises en avant comme le refus d'une augmentation des redevances pour pollution diffuse, ou encore la nécessité d'agir sur les coûts de production (engrais, carburant, eau...). Pour Didier Bouttier, l'objectif est clair : "Cette loi doit être mise en œuvre et doit nous permettre de produire comme on sait le faire en France."

Une dynamique économique autour de l'agriculture

Les échanges ont également porté sur le rôle structurant de l'agriculture dans l'économie locale. Philippe Dutertre a insisté sur l'importance de soutenir l'installation d'industries pour accompagner le développement des exploitations : "Il faut soutenir l'installation d'industries pour derrière créer une dynamique de construction de bâtiments d'élevage." Un point renforcé par le rappel des emplois induits par l'agriculture, estimés entre 8 et 10 pour un actif agricole : "Il ne faut pas oublier que l'agriculture nourrit la population, mais elle la fait aussi vivre en la faisant travailler" a souligné Anabelle Chartrain.

EGalim : passer de la loi à l'assiette

Le volet économique de la rencontre a également été marqué par une mise au point ferme sur la loi EGalim. Emeline Denis, secrétaire générale adjointe JA72, a rappelé une échéance immédiate : les établissements de restauration collective ont l'obligation de réaliser leur télédéclaration sur la plateforme "Ma Cantine" d'ici le 31 mars. Le constat est sévère : alors que la loi impose au moins 50 % de produits durables (dont 20 % de bio) dans les repas, la Sarthe, à l'instar du reste de la France, n'est pas au rendez-vous. L'agricultrice demande à ce que l'effort soit collectif : de nombreux agriculteurs ont investi dans des démarches HVE (Haute valeur environnementale), coûteuses et lourdes administrativement, spécifiquement pour répondre à ces appels d'offres. Il est inacceptable que ces efforts ne trouvent pas de débouchés dans les cantines locales. Pour JA 72 et la FDSEA 72, le futur projet de loi d'urgence doit impérativement renforcer ces dispositifs. L'objectif affiché est double : mieux intégrer les coûts de production dans le prix de vente et durcir les sanctions en cas de non-respect des contrats, afin de garantir enfin un revenu digne aux producteurs.

"On ne peut plus attendre"

À travers cette rencontre, FDSEA et JA ont réaffirmé leur volonté de peser dans le débat public. Leur message est sans ambiguïté : sans mesures rapides, concrètes et adaptées, c'est toute la souveraineté alimentaire française qui est en jeu. Anabelle Chartrain, a résumé le sentiment général : "On veut nous laisser faire notre travail, mais les entraves pèsent de plus en plus." Un constat partagé par Denis Pineau, qui pointe la "grande erreur" d'avoir sanctuarisé l'environnement dans la Constitution au détriment de l'acte de produire.

Le calendrier est désormais serré : pour espérer une adoption en juillet 2026, il serait impératif que le texte de loi passe en Conseil des ministres, puis à l'Assemblée Nationale très prochainement. Les parlementaires sarthois ont désormais toutes les cartes en main pour décider de l'avenir de la "Ferme France".

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