Sécheresse
Face à la crise fourragère, l'élevage laitier réclame un plan d'urgence
Ensilage précoce inédit, chute de la collecte et déficit d'exploitation : la FNPL et les éleveurs sarthois interpellent la filière et l'État.
Ce mercredi 29 juillet 2026, au lieu-dit Les Fontenelles chez Nicolas Foucault, une conférence de presse était donnée, organisée aux côtés de Patrice Riauté, membre du bureau de la FNPL. L'objectif : tirer la sonnette d'alarme. Entre un mois de juin historiquement chaud (+3,8 °C au-dessus des normales) et un prix du lait bien inférieur aux coûts de production, l'élevage local traverse une tempête sans précédent.
Une crise fourragère exceptionnelle : "Du jamais vu en juillet"
Installé depuis 13 ans sur une exploitation produisant 750 000 litres de lait, Nicolas Foucault subit de plein fouet les aléas climatiques. Avec un déficit pluviométrique atteignant 50 à 70 % et une baisse de 40 % de la pousse de l'herbe sur le dernier mois, les prairies grillées forcent à entamer prématurément les stocks d'hiver. Conséquence directe dans le grand Ouest : la collecte laitière a chuté de 10,7 % en Pays de la Loire fin juin.
"Depuis 13 ans que je suis installé, je n'avais jamais ensilé de maïs au mois de juillet ! Il faut être extrêmement vigilant avec le maïs cette année : nous n'avons ni la quantité, ni la qualité au rendez-vous. La chaleur éprouve aussi directement les animaux (-1 à -1,5 kg de lait par vache et par jour), ce qui complique davantage la gestion de l'élevage" explique le jeune agriculteur de Neuville-sur-Sarthe. À cette urgence fourragère s'ajoute une équation économique intenable. Alors que le coût de production réel s'établit aujourd'hui à 0,46 € par litre, le prix moyen payé aux producteurs plafonne à 0,40 € par litre. Un écart de 6 centimes par litre (0,06 €) qui asphyxie les trésoreries : pertes quotidiennes d'environ 120 € par jour de déficit pour une ferme laitière moyenne. Un impact annuel non négligeable : sur une référence de 700 000 litres de lait comme c'est le cas pour l'exploitation de Nicolas, le manque à gagner cumulé grimpe à 42 000 €. De quoi alerter les éleveurs et la filière laitière !
Remettre du prix et rassurer les jeunes
Face à ce constat, Patrice Riauté hausse le ton et interpelle la transformation et les acheteurs. Selon lui, les rares marges dégagées sont immédiatement réabsorbées par l'adaptation continue des outils de travail face au réchauffement climatique : "J'appelle solennellement les entreprises à retravailler le prix du lait. On ne peut plus continuer ainsi. Notre besoin de trésorerie est important et rapide. Il faut que l'ensemble des acteurs de la filière laitière prennent conscience de l'urgence de la situation. Nous, éleveurs, devons avoir un revenu digne qui correspond à notre travail " déplore l'éleveur de Parcé-sur-Sarthe.
Cette absence de visibilité financière alimente une menace majeure : la décapitalisation du cheptel laitier français et le manque d'attractivité pour les futures installations. "Ce qui fait le plus peur aujourd'hui, c'est la décapitalisation et le fait que les jeunes ne veulent plus s'installer en élevage laitier. Il faut envoyer des signaux forts aux éleveurs pour leur dire "On a encore besoin de vous en France !" " martèle Patrice Riauté.
Les revendications
Pour sortir de cette impasse et préparer l'avenir, la filière laitière a profité de ce rassemblement sur le terrain pour porter des demandes précises, avec des mesures d'urgence immédiates : déclenchement rapide de l'Indemnité de solidarité nationale (ISN) et révision du fonctionnement de l'assurance prairies ; mesures de défiscalisation sur les stocks fourragers pour redonner de l'air aux trésoreries. Et un plan d'adaptation sur le long terme : accompagnement à la modernisation des bâtiments contre le stress thermique ; soutien au stockage de l'eau et recherche axée sur l'autonomie fourragère des exploitations. Sans un prix juste et des mesures d'adaptation concrètes, ce n'est pas seulement le maïs qui manquera cet hiver, mais bien les éleveurs de demain dans nos campagnes.