Canicule
Face à l'urgence, la FDSEA et JA interpellent l'État
La canicule exceptionnelle de fin juin a durement touché la Sarthe, entre cultures brûlées, pertes en élevage et tensions sur l'eau. Face à ces difficultés, la FDSEA et JA Sarthe se mobilisent pour alerter l'administration et arracher des solutions concrètes.
Vendredi 3 juillet, après une semaine à gérer des situations d'urgence, FDSEA et JA Sarthe organisaient un tour de plaine. L'objectif ? Mettre les représentants de l'État (DDT et DDPP) face à la réalité crue du terrain, sans filtre. Trois exploitations représentatives de la diversité et de la violence des impacts ont été visitées au Breil-sur-Mérize et à Torcé-en-Vallée.
Petits fruits et arboriculture : des pertes colossales
Le premier arrêt chez Frédéric et Sandrine Fougeray a mis en lumière un désastre invisible pour le grand public : l'échaudage des petits fruits (voir notre édition du 3 juillet). Les chaleurs extrêmes, combinées à des vents desséchants, ont littéralement grillé les cultures. Le bilan est lourd : 70 tonnes de fruits perdues et un impact financier estimé à 100 000 euros. Malgré des systèmes d'irrigation en goutte-à-goutte enterrés performants et l'utilisation de carbonate pour blanchir les vergers, la nature a été la plus forte. Marc Séverac, directeur de la DDT, a indiqué qu'une mission d'expertise devait avoir lieu ce même jour pour activer l'Indemnité de solidarité nationale (ISN).
Le constat dressé suite à la visite de trois exploitations de petits fruits, réalisée avec la coopérative Vergers d'Anjou et la Chambre d'agriculture, est sans appel. Avec des pertes qui franchissent largement le seuil des 30 %, la DDT s'est engagée à constituer un dossier de reconnaissance afin de permettre aux producteurs de solliciter l'SN.
Élevage : chaleur et bureaucratie, la double peine
La visite chez Mickaël Saussereau a révélé toute l'ampleur du désarroi des éleveurs face aux défaillances de l'équarrissage. Sous l'effet de pics de chaleur atteignant 42°C et de pannes électriques, les exploitations avicoles et porcines ont subi d'importantes vagues de mortalité animale, tandis que la production laitière chutait de 30 %. À la douleur de perdre leurs bêtes s'est ajoutée une exaspération face à la gestion de l'équarrissage. Entre l'absence de communication et les délais logistiques, les éleveurs ont été contraints de procéder à l'enfouissement des carcasses, une tâche insupportable tant sur le plan mental que sanitaire par une telle canicule. Bien qu'une procédure d'urgence simplifiée ait été instaurée, elle s'est avérée insuffisante face à la gravité de la situation, d'autant que l'enfouissement n'est pas sans conséquences et que les exploitants estiment légitimement avoir payé pour un service non rendu. « L'urgence a fini par être gérée, mais c'est arrivé bien trop tard ! L'État a manqué de réactivité et Atemax, faute d'anticipation, n'a pas su donner l'alerte à temps ! Tout le monde savait que la canicule arrivait : avec un minimum d'anticipation, on aurait évité ce fiasco. Enterrer nos bêtes sous 42°C est une pratique d'un autre temps, éprouvante et inacceptable. Il est impératif d'en tirer les leçons dès aujourd'hui pour bâtir, ensemble, des protocoles de crise plus humains et logistiquement adaptés. Plus jamais nous ne devons revivre une telle épreuve » a déclaré Anabelle Chartrain.
Guerre de l'eau et crise fourragère : sécuriser l'avenir
Bien que la question de l'accès à l'eau ait irrigué l'ensemble des échanges de la journée, c'est lors de l'étape chez Silvia Delangle que les discussions sur la ressource en eau ont véritablement cristallisé. Entre la baisse de qualité des fourrages et les restrictions d'irrigation, les éleveurs doivent déjà puiser dans les stocks de maïs d'hiver pour nourrir le bétail. La FDSEA et les JA défendent une vision pragmatique : l'irrigation n'est pas un luxe, c'est l'assurance-vie de nos territoires. Si le réseau syndical salue la gestion collective des dérogations, il reste des combats majeurs tels que le stockage de l'eau. La lourdeur administrative et l'incertitude réglementaire freinent encore trop de projets. « Pour renforcer la résilience des exploitations agricoles, la diversification s'impose comme une nécessité, et l'accès sécurisé à l'eau est l'un des leviers fondamentaux pour atteindre cet objectif. Il est important de garantir cet accès à ceux qui en sont privés pour assurer la pérennité de nos exploitations et de nos élevages, qui façonnent nos paysages » insistait Frédéric Fougeray.
Il y a de quoi se décourager mais le combat continue !
Les répercussions de cet épisode caniculaire marqueront durablement les esprits. Pour bien des éleveurs, les constats actuels ne sont que la partie cachée de l'iceberg. Certains animaux affaiblis par la canicule ne vont peut-être pas résister à une prochaine vague de chaleur, sans parler des vêlages prématurés, des retards d'insémination... et de l'état des cultures. Certains vont même ensiler prochainement leur maïs pour garder le peu de vert qui reste pour nourrir leurs vaches. « On ne sortira pas indemnes de cette canicule ! Après une gestion chaotique de l'équarrissage, je vais devoir faire face au problème économique : franchise d'assurance, mauvais rendement des céréales, impossible de cultiver pendant 6 mois la zone d'enfouissement...Tout ça mis bout à bout, on a envie de baisser les bras et de tout arrêter tout de suite ! Je ne sais même pas si je vais replanter ! » témoignait Mickaël Saussereau.
Face à la menace d'une nouvelle vague de chaleur, un second tour de plaine est planifié. Cette rencontre, en présence du préfet, visera à dresser un état des lieux complet et à identifier les dispositifs de soutien qu'il convient de mobiliser en urgence.