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" La confiance est perdue "

L'ampleur prise par l'affaire du camion polonais est révélatrice d'un malaise chez certains éleveurs qui travaillent avec LDC. A découvert ou anonymement, plusieurs ont confié leurs inquiétudes sur divers points.

Sur le camion intercepté 

Le camion bloqué à Maresché le 30 janvier qui transportait de la volaille de découpe polonaise a été le déclencheur du rassemblement des éleveurs au siège. Parmi eux, Mickaël Saussereau, éleveur de volailles depuis deux ans au Breil-sur-Mérize dans un bâtiment de 1 400 m2: "On croit au discours sur la production française et quand on tombe là-dessus, on ressent comme une trahison. Et on s'interroge : n'y a t-il pas autre chose ? Ces poulets étaient destinés à Marie mais ne serait-ce pas aussi pour Maître Coq ? Combien de tonnes de l'étranger rentrent à Volabraye ? Où est la transparence ?"  Pour Jean-Christophe Cherré, éleveur de poulets (2 bâtiments) à Notre-Dame-du-Pé, "la confiance est perdueJe suis membre du bureau de Huttepain depuis dix-sept ans et j'envisage d'en partir. Je suis bien conscient que la France importe du poulet. Mais je ne pensais pas que c'était le cas chez LDC. On nous parle aujourd'hui de 2 ou 3 % mais qui nous dit que ce n'est pas 10 ?"  Installé depuis 25 ans, c'est la première fois qu'il manifestait la semaine dernière. "Il y a toujours eu des discussions plus ou moins vives dans notre groupe mais on touche pour la première fois un problème de fond. On nous empile contraintes sur contraintes pour bien produire français, et, là, on voit débarquer du poulet polonais, ici, chez LDC. Je sature... On n'est plus considéré."  

Sur Nature d'Eleveurs 

"Nature d'Éleveurs est un contrat de progrès évolutif qui vise l'amélioration continue des conditions d'élevage et fixe des obligations de résultats. Nature d'Éleveurs engage au respect d'exigences en faveur de l'origine France, de l'environnement, de l'amélioration du bien-être, de la santé des animaux et de la qualité des produits." (source: site naturedeleveurs.com). Commencée en 2017, cette démarche "durable" (appliquée notamment par McDonalds) a fixé comme deadline l'année 2025 aux éleveurs pour adapter leurs bâtiments. "Impossible, selon Mickaël Saussereau. Déjà, cela ne passait pas en prix avec du poulet standard... Mon bâtiment tourne depuis deux ans mais n'est pas au point par manque de relais entre ceux qui l'ont monté et mon groupement." Les éleveurs souhaitent également un assouplissement des normes. "On est obligé d'installer des perchoirs, des jouets... regrette l'un d'entre eux. Tout cela s'ajoute aux contrôles : Certipaq, ADPP..."   

Sur les revenus

La question de la rémunération cristallise beaucoup de crispations chez les éleveurs : "Quand on voit les bénéfices* d'un tel groupe malgré la crise, il y a de quoi se sentir lésés. Financièrement, mais aussi par rapport aux risques que l'on subit par rapport à lui." Certains éleveurs encaissent également "l'effet ciseau" avec la baisse du prix des céréales. L'un d'entre eux, qui n'a pas souhaité révéler son nom, confie qu'il lui revient parfois seulement "100 à 200 euros gagnés à la fin du lot. A mes débuts, j'arrivais à me dégager un trois quart de salaire, aujourd'hui, je travaille pour la gloire et je vis sur le salaire de ma femme. Mes comptables me disent de changer de production de volailles..."  Un éleveur débutant s'interroge : "Est-il normal de manifester pour gagner sa vie ? On a fait 3 % de fenêtres (de lumière naturelle) depuis 2 ans pour répondre à la charte Nature d'Eleveurs, on injecte moins d'antibiotiques... Après ces efforts, on attend désormais une revalorisation de nos prix au kilo. 10 % de plus au kilo ne serait pas négligeable. On demande de partager un peu le gâteau des bénéfices. Car pendant ce temps-là, la main d'oeuvre ramassage, le coût de pressage de paille, du fuel et du matériel ont augmenté. Et on doit rogner sur nos revenus pour compenser cela. Des éleveurs vivent aujourd'hui avec 400 euros et sont écœurés. C'est de l'esclavage moderne. Dans dix ans, les bâtiments d'un éleveur qui se lance pourront-ils être amortis avec des taux à 5 % ? On est quoi pour eux, des numéros, des pièces de rechange ? Or notre métier alimente d'autres emplois. On est à se demander si on ne va pas plutôt monter des panneaux photovoltaïques..." A Vibraye, Aurélie Letourneau, est productrice de poulets (4 bâtiments) depuis 25 ans pour Nouri'vrai et s'inquiète surtout pour la relève. "J'ai manifesté pour la première fois car je ne sais pas s'il sera possible que nos successeurs vivent avec des marges tolérables." Après les explications données par les dirigeants de LDC sur le parking, un autre éleveur chevronné n'est pas convaincu : "On accuse le consommateur de ne pas payer sa nourriture au juste prix. Or le vrai problème est ailleurs : les bénéfices devraient être un peu redistribués aux agriculteurs. Il y a 20 ans, on amortissait un bâtiment sur 10 ans. Aujourd'hui, c'est sur 17..." 

Sur la communication

Autre point sensible souvent déploré: la communication. "Le manque de communication est devenu le point faible au sein des fermiers de la Volaille de Braye comme de LDC, confie un éleveur. Cela s'apparente à un manque de considération. Pire encore, certains collègues nous ont dit, lors des dernières manifestations, avoir été menacés s'ils parlaient."  Un autre corrobore : " Des éleveurs qui travaillent pour Huttepain ont été menacés de vide sanitaire, donc de faillite assurée. C'est une manière de nous tenir en laisse qui est lamentable. Si certains, comme moi, ne veulent pas être cités, cela démontre que des pratiques ne sont pas tolérables..."

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