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« La médaille de la
persévérance »

Après avoir failli tout abandonner, Céline Chevalier a fait de sa fromagerie une référence nationale, récompensée par une médaille d'argent au concours agricole du SIA.

Céline, l'arrivée du robot de traite dans votre exploitation en mars 2024 a été un point de bascule dans votre carrière de fromagère. Pourquoi ?

Avec l'arrivée du robot, je me suis vite rendu compte que je n'avais pas les repères techniques pour faire face à ce changement. J'ai donc fait appel à un conseiller fromager mais il m'a dirigé davantage vers une recette industrielle. Or Le P'tit Roussard est un fromage fermier et vivant. Certains paramètres sont difficiles à maîtriser comme l'affinage, lequel est impacté par la composition et la température du lait. Une petite structure fermière comme la nôtre ne pouvait s'adapter rapidement et naturellement à l'arrivée d'un robot. Finalement, cet aléa m'a permis de connaître parfaitement toute la panoplie technique de mon fromage. De plus, cette période de remise en question, marquée aussi par un changement de salarié, m'a ouvert les yeux sur ma façon de faire. On était trop diversifié. Désormais, nous nous concentrons sur quatre produits : Le P'tit Roussard, la tomme, les lactiques et les yaourts. J'étais arrivée au bout d'un système qui représente tout de même un tiers de l'activité économique de l'exploitation.

En quoi le robot a-t-il modifié votre lait ?

Avant le robot, j'utilisais le lait tiède de la traite du matin. Désormais, le robot m'a obligée à un temps de maturation plus long. Je prends donc le lait de la veille pour le transformer le lendemain, afin de réactiver sa flore naturelle. Il fallait donc opérer un rééquilibrage d'acidification liée à la température du lait. 

Vous avez finalement transformé cet obstacle en rebond...

Oui, car de mars 2024 à mars 2025, j'ai sombré vers un épuisement mental et physique. Je voulais que tout s'arrête et débrancher la prise. Je n'arrivais même plus à faire ma compta et j'ai dû faire appel à quelqu'un. Pour sortir la tête de l'eau, j'ai arrêté la vente directe pour me consacrer à la production et à davantage de temps sur la ferme. Les livraisons dans les marchés de producteurs et supérettes* me permettent néanmoins de garder le contact avec l'extérieur.

Après vingt ans de production, vous vous êtes inscrite pour la première fois au concours agricole. Pourquoi ?

Parce que pour la première fois, je me sentais complètement légitime. C'était aussi une façon de tourner la page de cette année difficile. Pour moi, c'est la médaille de la persévérance. La récompense aussi un peu d'une quête personnelle puisque j'ai gardé le secret de mon inscription au concours jusqu'à la veille du résultat à mon mari et mes enfants. Seule ma salariée était au courant. Après, je sais que mon fromage n'est pas encore parfait. Mais cela n'a rien à voir avec ce qu'il était devenu...

C'est-à-dire ?

Pendant huit mois, mes clients n'ont pas reconnu mon fromage. Alors que j'y mettais tout mon coeur et mon énergie. J'ai dû leur expliquer pourquoi, alors même que j'étais en plein désarroi. Aujourd'hui, tout est revenu heureusement dans l'ordre. Le P'tit Roussard est finalement mon baromètre. Quand il va bien, je vais bien (rire). 

Pour quelles qualités les jurés l'ont-il retenu ?

Ils ont apprécié sa pâte molle « équilibrée » et « très agréable ». J'ai encore du mal à y croire. C'est « ouf » d'avoir un rouleau de médailles comme ça chez soi ! C'est important pour ma confiance en moi. 

Comment vendez-vous cette nouvelle reconnaissance ?

Je compte sur ma fille Romane qui assure ma communication. C'est d'ailleurs son métier dans une entreprise digitale à Rennes. Pour le post sur la médaille, nous avons eu 30 000 vues contre 3 000 habituellement. Notre présence sur les réseaux est importante pour compenser notre arrêt de marchés et de vente à la ferme.

Quel est votre prochain défi ?

Obtenir l'agrément européen, car c'est une autre reconnaissance de qualité. C'est nécessaire pour démarcher de nouveaux partenaires et dépôts. Il sera aussi possible de vendre en ligne Le Pt'tit Roussard au-delà de 80 kilomètres. J'ai retrouvé le goût des projets !

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