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Mobilisation
L'agriculture sera-t-elle un jour une urgence ?

Lundi soir, 1er juin 2026, une cinquantaine d'agriculteurs de la FDSEA et des JA de la Sarthe ont mené une action symbolique place des Jacobins puis devant les grilles de la préfecture du Mans.

Face à l'explosion des charges et à l'accumulation des contraintes administratives et environnementales, les manifestants ont souhaité interpeller l'État sur la réalité vécue dans les fermes. Aux portes de la préfecture, ils ont installé une fausse réserve d'eau entourée de branchages afin de dénoncer des choix politiques jugés déconnectés des réalités du terrain et des besoins du monde agricole. L'action s'est poursuivie par un échange sur le parvis de la préfecture avec le préfet, accompagné du directeur de la DDT. 

Loi d'urgence agricole : le combat continue

Au lendemain de cette mobilisation, les députés ont adopté la loi d'urgence agricole. Une première étape attendue de longue date par le monde agricole, qui ne marque toutefois pas la fin du combat (lire aussi page 14, NDLR).  Pour la FDSEA et les Jeunes Agriculteurs de la Sarthe, cette avancée législative ne prendra tout son sens que si elle débouche rapidement sur des mesures concrètes et applicables sur le terrain. Les producteurs attendent désormais des résultats. L'urgence du calendrier législatif a été rappelée par Alexis Vaugarny, président des Jeunes Agriculteurs : "La loi d'urgence, on l'attend, mais c'est maintenant, pas dans cinq ans !". Le message adressé aux pouvoirs publics est clair : l'agriculture ne peut plus attendre.

Énergie et intrants : le piège de l'effet ciseau

Le conflit au Moyen-Orient provoque une explosion dramatique des coûts du gaz, des carburants et des engrais. Face à cette flambée, les réponses de l'État sont jugées insuffisantes et d'une complexité bureaucratique aberrante. Concernant le GNR, la prolongation de l'aide de 15 centimes jusqu'en août est un strict minimum qui ne compense pas les surcharges réelles. Les producteurs exigent l'abandon des formulaires Chorus actuels au profit d'un système simplifié et automatisé. Le Préfet répondra de l'incapacité du gouvernement face à cette mesure. Du côté des engrais, l'effet d'annonce d'un guichet de compensation n'a toujours pas de réalité opérationnelle. Face à ces aides déconnectées du terrain, le ras-le-bol est total comme le souligne Julien Provots, président de la section grandes cultures : "Le MACF n'a toujours pas été supprimé et les charges continuent de nous étouffer. Si on ne fait plus de céréales, les éleveurs finiront par chercher la paille !"

Environnement et haies : non à la fausse simplification !

Sur le terrain, le "principe de non-régression" de la protection de l'environnement s'est transformé en un véritable dogme de l'inaction réglementaire. Ainsi, le "guichet unique" proposé pour le dossier des haies est un miroir aux alouettes. Derrière une façade séduisante de simplification, la réalité administrative impose une surcompensation, une lourdeur accrue et des surcoûts d'études environnementales inadmissibles. Les agriculteurs sarthois refusent catégoriquement ce régime unique qui s'apparente à un contrôle permanent plutôt qu'à un outil de bon sens. Sur un autre dossier, celui des phytos, Dominique Rousseau résume parfaitement ce sentiment d'injustice face aux normes franco-françaises : "C'est un vrai problème, on fait rentrer de la matière traitée en France. Il y a un rapport de force entre ceux qui produisent et ceux qui font de la politique. C'est inadmissible !".

Négociations commerciales : compenser les charges

L'équilibre économique des exploitations est en péril : alors que l'inflation alimentaire stagne à +1,3 %, l'inflation énergétique subie de plein fouet par les fermes explose à +14,2 %. Les prix payés aux agriculteurs ne cessent de baisser pourtant ! En grandes cultures, les hausses de GNR représentent des milliers d'euros de charges directes. En élevage bovin, le surcoût atteint 45 centimes par kilo de carcasse, tandis que la filière laitière accuse une hausse de charges de 19 euros pour 1 000 litres. Le pouvoir d'achat des consommateurs ne peut plus se construire sur la destruction méthodique du revenu agricole. Les syndicats exigent la réouverture immédiate des négociations pour imposer la répercussion obligatoire de ces charges. Devant les grilles, Anabelle Chartrain lance un avertissement : "Le mal-être agricole va être tel qu'un jour ça ne sera pas simplement 4 bâches, nous avons déjà vu les grilles de la Préfecture brûler... Ce n'est pas notre souhait, alors réagissez !".

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