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Conjoncture 
" Le marché peut se retourner du jour au lendemain"

Dominique Rousseau, responsable de la section grandes cultures de la FDSEA et président de la FRSEA, fait le point sur la conjoncture économique dans ce secteur marqué par des prix bas et volatils.

Géopolitique

"La filière, surtout du blé, subit des prix politiques et géopolitiques. Nous sommes plus que jamais dans un rapport de force extrêmement tendu entre les états. La situation en Ukraine avait commencé par tout déstabiliser. Et cela continue car ce pays nous envoie toujours du blé sans quota. C'est open bar. Autre problème : la perte de nos débouchés avec l'Algérie qui était un de nos meilleurs clients mais les tensions diplomatiques ont fourvoyé nos exportations. On a perdu aussi des marchés en Egypte et en Afrique subsaharienne. Il y a clairement une perte de l'influence française au profit des Russes. Les hommes de main de Poutine mettent la main sur les minerais, mais aussi les exportations de céréales. Heureusement, nous vendons de plus en plus en Chine. Mais globalement, la France se sent de plus en plus petite. Les céréales sont encore un secteur fort de notre économie mais jusqu'à quand ? La balance est déficitaire en céréales. Il faut dire par exemple aux consommateurs que la farine qu'ils achètent en grande surface est allemande." 

Climatologie

"Notre point fort, c'est la qualité. Mais les Russes et Ukrainiens, avec leur climat continental, ont des taux de protéines entre 12 et 14, alors que nous sommes à 11-12. Cette année, le dernier apport d'azote n'a eu aucun effet. Or, à cause du temps sec depuis mars, le blé n'a pas valorisé les protéines. La France subit des excès de climat dans les deux sens depuis trois ans. Et plus particulièrement le Grand Ouest. Il y a un an, on a eu un mal de chien à semer nos céréales, on ne rentrait pas dans les champs alors qu'ailleurs, tout était semé le 15 novembre."

Céréaliers sarthois

"La Sarthe est un département de polyculture élevage, et heureusement l'élevage nous tire vers le haut, malgré l'impact des maladies. Mais le cours des céréales devient de plus en plus déstabilisant. Nous sommes sur des prix de 2010. D'autre part, nous n'avons pas de céréales disponibles sur le marché, car seules 17% ont été engagées et commercialisées. Avec des prix comme ça, personne ne vend ou à perte. Dans le passé, on subissait des crises sur les cours tous les quatre ans. Là, on sort de trois mauvaises années et il faut autant de temps ans pour s'en remettre en trésorerie. Il faut déplorer les frais de mécanisation. Un tracteur agricole coûte 30% plus cher qu'il y a six-sept ans, alors que les tracteurs routiers n'ont augmenté que de 10%. Les technologies se sont affinées mais alourdissent  fortement les ardoises." 

Perspectives

"On l'a connu dans le passé. Le marché peut se retourner du jour au lendemain. La population mondiale augmente, elle explose même en Afrique. Et ce continent n'a plus le manioc comme aliment de base mais le blé. D'autre part, la Russie et l'Ukraine restent très dépendants de la météo, entre gelées, neige et sécheresses. Nous avons la chance d'avoir une production de blé linéaire, sauf accidents. On peut miser sur notre farine blanche qui est davantage recherchée en Afrique subsaharienne et au Maghreb que la farine brune. La France a toujours pour elle sa force exportatrice, sauf que lorsque l'on vend des milliers de tonnes de céréales, cela ne fait pas la Une des journaux comme pour des Rafales. On a également des filières solides comme l'orge qui tient le choc pour les brasseries, notamment. Le blé dur peut également se développer car on est encore déficitaires, avec beaucoup d'importations du Canada. Pareil pour le blé tendre, on peut gagner des parts de marché sur le marché national. Il faut aussi dire que beaucoup de nos céréales sont consommées par les animaux, et tant qu'il y aura de l'élevage, il y aura des grandes cultures."    

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