Chasse
Prélèvements records : ne pas relâcher les efforts
L'Assemblée générale de la Fédération des chasseurs de la Sarthe (FDC72), qui s'est tenue le samedi 25 avril 2026 au Mans, a dressé le bilan d'une saison hors normes. Entre satisfaction des prélèvements records et pression maintenue sur les "points noirs sangliers", les échanges avec le monde agricole soulignent une nécessaire convergence d'efforts face à la pression du grand gibier.
Selon le président de la FDC72, Vincent Ozange, cette AG s'est déroulée "dans une ambiance sereine", après une campagne cynégétique qualifiée d' "historique, avec un record de 10 000 sangliers prélevés", contre seulement 8 000 sur la campagne précédente. Cette performance intervient après une année de transition technique : le nouveau système numérique de déclaration des prélèvements proposés aux chasseurs l'année passée n'avait pas fait l'unanimité auprès de ces derniers. Pour autant, la machine semble désormais rodée. Il n'en reste pas moins que nous avons atteint en Sarthe depuis plusieurs années des niveaux de prélèvements historiquement haut, qui traduisent à n'en pas douter des niveaux de population, eux aussi, historiquement haut.
Un effort de régulation salué
Vincent Ozange a d'ailleurs profité de l'AG pour remercier et féliciter les chasseurs "pour leur action quotidienne et les efforts considérables" dont ils ont fait preuve pour la régulation de l'espèce, sans oublier les auxiliaires de l'État : "Les louvetiers aussi font le job". Au-delà du sanglier, la FDC72 souhaite redynamiser d'autres pans de la biodiversité. Le président a ainsi remercié le monde agricole pour son engagement sur les actions en faveur du petit gibier, notamment à travers la gestion des dates de fauche. Redorer le blason du petit gibier est en effet jugé "essentiel" pour continuer à attirer des jeunes chasseurs, qui pourront en retour également s'occuper du grand gibier (comme le sanglier). Côté effectifs, la tendance, après plusieurs années d'érosion constante, est à la stabilité des effectifs de chasseurs en Sarthe. On notera une légère progression de la gente féminine, qui part de loin mais qui représente aujourd'hui 3 % des validations de permis.
Moins de dégâts
Sur le front de l'indemnisation, la hausse des prélèvements porte ses fruits. Ces prélèvements records de sangliers ont engendré une baisse des indemnités versées pour dégâts, mais "surtout, et c'est le plus important, une baisse des surfaces agricoles endommagées." Pour autant sur le sanglier, Vincent Ozange préconise de "ne pas relâcher les efforts", surtout pas en cette période d'emblavement critique, et d'autant plus dans ce contexte de sécheresse qui ne favorise pas la levée des maïs. Pour aider les exploitants, la fédération souligne pour cette année "une action facilitatrice" avec une vraie simplification administrative : les titulaires d'un droit de chasse peuvent désormais chasser le sanglier à l'affût ou à l'approche pour la protection des semis de printemps entre le 1er avril et le 31 mai 2026, et ce sans autorisation préfectorale individuelle.
Coup de pression sur l'agrainage et les "points noirs"
S'agissant des communes et territoires classés "points noirs sangliers" (voir carte ci-dessous), le président de la FDC72 affirme avoir mis "un gros coup de pression". Depuis dix-huit mois, la fédération a repris à l'OFB le contrôle des chartes d'agrainage. Jusqu'ici "encore dans la prévention", le président Ozange menace les propriétaires récalcitrants : "un territoire qui ne respecterait pas la charte ou qui ne réaliserait pas le nombre minimum de chasses dans la saison, se verra supprimer la charte d'agrainage". Ce n'est pourtant pas le souhait de la FDC qui considère que "quand l'agrainage de dissuasion est fait correctement, c'est-à-dire l'inverse du nourrissage, il n'y a pas de problème". Quant au piégeage, autorisé depuis un an, le président Ozange ne semble pas vouer à cette solution un enthousiasme démesuré. Cela reste d'ailleurs à ce stade très marginal car pratiqué en seulement 2 endroits "où il n'est pas possible de déclencher d'actions de chasse".
Ne pas lever le pied
Tout en reconnaissant l'effort fourni, Nicole Leboucher, représentante des intérêts agricoles pour la Chambre d'agriculture et la FDSEA, tempère un peu l'enthousiasme. Elle appelle les chasseurs à "ne surtout pas lever le pied, car il en reste dans la nature !". Grâce aux assouplissements réglementaires, le sanglier est aujourd'hui "quasiment chassable toute l'année, et on le dérange toute l'année". Malgré tout, elle s'inquiète de la lassitude des agriculteurs qui sont "de moins en moins motivés pour faire des déclarations de dégâts", ce qui relativise de fait la bonne performance affichée en termes de baisse de surfaces impactées. Un silence par ailleurs préjudiciable pour la régulation d'autres espèces comme le blaireau "alors qu'on sait sur le terrain qu'il fait des dégâts considérables par endroits, mais on ne peut pas le démontrer faute de déclarations". L'application "Signalement de dégâts de la faune sauvage" est, selon elle, "trop peu utilisée par les agriculteurs", entraînant dans le cas du blaireau, la fermeture de la période de déterrage en juin.
Enfin, sur la chasse à l'affût, elle pointe une limite physique : "il faut avoir du temps", ce qui manque cruellement aux agriculteurs. La solution pourrait venir du piégeage. La profession regarde avec intérêt l'exemple de la Mayenne qui utilise des systèmes de filets anti-retour plutôt que des cages-pièges, par ailleurs fort onéreuses à plus de 4 000 € la cage homologuée. Pourquoi ne pas tester cette solution, notamment dans les zones de points noirs ? La révision du schéma départemental de gestion cynégétique en 2027 sera, à n'en pas douter, l'occasion d'affiner ces stratégies.