Action syndicale
« Qu'ils viennent gérer nos fermes à notre place ! »
Mardi 13 octobre au soir, JA et FDSEA mobilisaient leurs réseaux devant la Préfecture du Mans. Venus en véhicules, gyrophares allumés, plutôt qu'en tracteurs -prix du carburant oblige-, les agriculteurs ont symboliquement remis les clés de leurs fermes au Préfet.
Face à l'envolée incontrôlée des charges non répercutées sur leurs prix de vente, à un cadre réglementaire déconnecté du quotidien, à la coupe des budgets et au manque de perspectives, les agriculteurs ont exprimé leur ras-le-bol et leur désarroi. Le préfet de la Sarthe, qui est venu à leur rencontre sur le parvis de la Préfecture, s'est vu remettre symboliquement les clés de la ferme Sarthe, car les agriculteurs ne savent plus comment faire.
Anabelle Chartrain, éleveuse (lait et volailles), présidente de la FDSEA : « Nous venons témoigner notre désarroi. On sait qu'il n'y a plus d'argent mais un allègement de la réglementation est possible ! Au-delà du réglementaire, l'appui de l'État est indispensable pour relancer sans délai les négociations commerciales afin de répercuter l'envolée de nos charges. Aujourd'hui, nous ne sommes plus capables de gérer nos fermes, plus en capacité de produire. Nous remettons les clés de nos exploitations à l'Etat qui, ici ou à Paris, saura peut-être faire mieux que nous. »
Alexis Vaugarny, éleveur allaitant, président de JA Sarthe : « La DJA ainsi que les PCAE sont aujourd'hui menacés en raison des coupes budgétaires régionales ! Quelles perspectives pouvons-nous donner aux élèves formés dans nos lycées agricoles ? Alors que nos établissements affichent complets, ce qui est une véritable fierté, la réalité du terrain nous empêche de leur proposer un avenir lisible. Il est urgent de leur redonner espoir et des garanties solides pour leurs projets d'installation : ce sont eux qui incarnent le visage et l'avenir de notre agriculture de demain ! »
Didier Bouttier, taurillons/grandes cultures, secrétaire général de la FDSEA : « Il y a une urgence absolue à alléger nos charges, à commencer par la RPD. La France demeure l'unique pays à infliger cette taxe à ses agriculteurs. La loi d'urgence prévoyait de pouvoir la suspendre face à une crise majeure ; nous y sommes! Mais le Conseil constitutionnel l'a malgré tout rejetée. Il est indispensable d'aboutir sur ce point dès cette année. Il nous faut, un réel plan de sauvetage pour l'agriculture : soit on nous sauve, soit on nous laisse couler ! »
Dominique Defay, grandes cultures, membre du Bureau de la FDSEA : « Les couverts végétaux représentent des dépenses nettes directes sans générer la moindre rentrée d'argent. En ce moment, la priorité ne peut pas être aux couverts. Compte tenu de ce qu'a été l'année 2026, l'unique obsession des agriculteurs est d'assurer la réussite de la prochaine campagne et de mener à bien les semis de nos céréales. »
Hervé de Viron, éleveur laitier, membre du Bureau de la FDSEA : « Les couverts semés à cette période n'ont aucun intérêt agronomique. Dans un sol sec, ils vont à peine lever et s'arrêter au bout de quelques centimètres, sans capter les nitrates ni freiner l'érosion. C'est absurde de dépenser 500 litres de fioul et plus de 100 €/ha en semences et mécanisation pour 50 ha. Nos trésoreries ont d'autres priorités : il faut être pragmatique.! »
Laurent Ragot, éleveur allaitant, administrateurs FDSEA : « Certains transformateurs comme Bigard sont également loin de jouer le jeu. Ils manœuvrent pour faire chuter artificiellement les cours et réduire encore nos prix, au mépris de nos charges. C'est une trajectoire dévastatrice pour l'élevage français. Ils vont finir par ruiner l'élevage français ! Nous courons à la perte de notre autonomie alimentaire et cela décourage totalement les jeunes. »
Julien Plouze, éleveur laitier, administrateur JA Sarthe : « Ce sont bien des transformateurs tels que Savencia qui font la pluie et le beau temps ! La fin de l'accord avec l'OP des 3 Rivières, c'est 330 fermes directement impactées ! C'est le blocage total pour des installations prévues qui ne se feront pas. C'est tout l'élevage sarthois qui, va disparaître sous la pression constante des industriels. »
Samuel Foucault, éleveur laitier, administrateur FDSEA : « Si les industriels nous trompent, les véritables maîtres du jeu restent les GMS ! Ce sont elles qui dictent les règles. Les négociations commerciales à venir s'annoncent impitoyables. Les GMS cherchent à rassurer le consommateur en masquant la réalité, mais au final, ce sont les producteurs qui paient le prix fort de ces tarifs garantis. Refusons de servir de variable d'ajustement ! Nos futures mobilisations syndicales doivent les cibler directement. »