Céréales
Rendements contrastés et bonne qualité
Moyenne en volumes et satisfaisante en qualité, la récolte très précoce de céréales en Sarthe ne réjouit pas totalement les négoces. En toile de fond, ceux-ci sont surtout inquiets par l'état des maïs plombés par la canicule.
"Les rendements sont très hétérogènes, en grande partie décevants, annonce d'emblée Jérémy Parmentier, directeur de Jeusselin et Verron. Sur les sols à potentiel, de gros espoirs se sont évaporés. Et sur les sols superficiels, les cultures ont trop souffert depuis avril." Un sentiment qui résonne certainement comme un écho dans tout le département, touché du Nord au Sud par les aléas extrêmes du climat cette année. Dans le secteur du négoce basé à Marolles-les-Braults, les bonnes terres ont atteint 80 à 85 q/ha et seulement 55 à 60 dans celles à faible potentiel. "La récolte moyenne de blé, entre 70 et 75, ne va pas être tant en baisse que cela mais les beaux potentiels du secteur n'ont pas tenu leurs promesses." Même son de cloche chez Thierry Leclerc, technicien cultures pour Terrena dans le nord Maine-et-Loire et le Sud Sarthe et un petit secteur de la Mayenne : "depuis février, on alterne excès d'eau et de chaleur. Toutes les espèces à tendance plus tardives ont été pénalisées."
Rattrapage avec l'orge, déception sur le colza
Soleil de plomb, moral de plomb ? Pas tout à fait car on décèle vite des esquisses de sourire grâce à l'orge qui a tenu la route, jusqu'à 100 q/ha dans les environs de Marolles-les-Braults. Dans le sud, "sur les cultures plus précoces, on observe des rendements corrects, jusqu'à 80 q/ha", ajoute Thierry Leclerc. À Noyen-sur-Sarthe, Florent Allinant se réjouit même d'une récolte "exceptionnelle" avec des scores entre 85 et 95 q/ha (PS 81-82) alors qu'ils flirtent généralement entre 72 et 75. L'éleveur Loué a certes irrigué ses blés aux deux-tiers mais il a également changé sa préparation des sols en les passant au fissurateur. "Je ne suis pas certain du lien mais malgré l'hiver pourri, les blés ont été bien ensemencés. On a peut-être mis les engrais au bon moment." Côté colza, les disparités sont en revanche plus prononcées entre le nord et le sud du département. Pour le DG de Jeusselin-Verron, "la déception est grande car le colza avait été très bon l'an passé, avec parfois cinquante quintaux." Cette année, la moyenne de son secteur se limite à 30-35. Alors que dans le sud, il n'est pas rare de voir des rendements flirtant avec le 40, comme chez Florent Allinant. "Les colzas en terres saines ont pu absorber les excès d'eau de février", justifie Thierry Leclerc.
Bons taux de protéines
Passé le chapitre des volumes, celui de la qualité est d'autre acabit. La récolte est caractérisée par des taux de protéines stimulés par le climat chaud et sec en fin de cycle. "PS et protéines en blé sont très bons, à quelques exceptions près. Entre 78 et 82 kg/hl et au moins 11,5 % en protéines. On est très étonnés, admet le DG du négoce. Il y a eu des pointes à 14 à Nogent-le-Bernard. Ce n'est pas la qualité qui pêche." Dans le sud, les blés de force ont atteint les 14-15 en protéines.
Le marché vit encore sur une lourde campagne 2025 qui n'a pas fini d'être commercialisée.
"Quand on produit mille euros à l'hectare, ça ne couvre pas les charges", déplore Thierry Leclerc. Et loin de la bourse, c'est aussi la crainte de la baisse de la consommation animale laquelle n'aide pas l'évolution des prix. "La demande locale n'est pas bonne. Les volailles sont en souffrance ou mangent peu."
Aucun maïs ne devrait être épargné
Si les cultures d'hiver ont sauvé la face, les regards sont désormais braqués sur celles de printemps. La deuxième vague de canicule a seulement épargné les sols qui ont du fond.
"Les maïs sèchent tout seuls. Or, il va falloir nourrir les bovins. C'est vraiment dommage pour les agriculteurs qui s'en sont sortis depuis deux ans et vont se retrouver dans des situations compliquées", souligne Jérémy Parmentier. "Les irrigants ont pu jusque-là sauvegarder leurs maïs mais la menace vient maintenant des restrictions, voire interdictions, poursuit pour sa part le technicien de Terrena. Si les parcelles arrosées sont sevrées, j'espère que les dépenses n'auront pas été vaines." Cette année, aucun maïs ne devrait être épargné dans la région du Maine. "En Mayenne, on n'a jamais semé aussi tôt, et ils ont tout ressemé à cause de la mouche Geomyza et les 100 millimètres d'eau. Or les premiers maïs sont les plus amochés."