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Session Chambre
Chocs climatiques : des outils qui protègent

Réunie au Mans ce mardi 24 mars en présence du Préfet Sébastien Jallet, la session de la Chambre d'agriculture de la Sarthe a placé la gestion des risques au cœur de ses débats. Entre outils assurantiels, leviers fiscaux et accompagnement des jeunes installés, l'enjeu est clair : protéger le revenu face à une instabilité climatique devenue la norme.

Marc Severac (DDT), Sébastien Jallet (préfet), Philippe Dutertre et Isabelle Allain.

En ouverture de cette session printanière, une page s'est tournée pour le collège des anciens exploitants. Les élus ont officiellement accueilli Monique Pousse, qui succède en tant que suppléante à Jean-Luc Touchard, disparu fin 2025. Après un tour d'horizon de l'actualité agricole, l'assemblée s'est penchée sur un dossier crucial : la sécurisation des systèmes de production.

L'assurance récolte : préserver l'essentiel

Le président Philippe Dutertre a rappelé en préambule que l'année 2025 avait cruellement illustré la vulnérabilité des fermes sarthoises. L'épisode de grêle de juin dernier, qui a frappé quatre communes du secteur de Sillé-le-Guillaume, reste dans les mémoires, "avec certains agriculteurs impactés sur quasi 100 % de leurs récoltes", et qui, malheureusement, n'étaient pas assurés. "Pourtant aujourd'hui l'accès à l'assurance ainsi qu'à un certain nombre d'outils de gestion de trésorerie a été amélioré et facilité", a martelé le président.

Anthony Sybille, responsable du secteur marchés agricoles chez Groupama Centre Manche, a détaillé les réalités de l'Assurance Multirisque Climatique (MRC). En 2025, l'assureur a versé 6,8 M€ d'indemnités en Sarthe pour les cultures (3 contrats sur 4 impactés) et 2 M€ pour les prairies face à la sécheresse. Si le délai pour les cultures est dépassé, les exploitants ont encore jusqu'au 16 avril pour couvrir leurs prairies.

Le Préfet Sébastien Jallet a salué des "résultats très encourageants" : avec 43 % de la SAU couverte par la MRC, la Sarthe est "plutôt en avance, mais il faut aller plus loin". Pour le représentant de l'État, le changement de paradigme est impératif : "Jusqu'ici l'agriculteur pouvait se dire "Je prends mon risque". Mais face à la répétition et à l'intensification des événements climatiques, ce n'est plus possible". Un avertissement d'autant plus sérieux que l'Indemnité de Solidarité Nationale (ISN) se réduit pour les non-assurés : en 2026, elle ne couvrira plus que 28 % des pertes au-delà du seuil de 50 %.

Fiscalité : la DEP gagne en souplesse

Au-delà de l'assurance, la gestion de la trésorerie reste le second levier de résilience. Emmanuel Dramet, fiscaliste chez AS Cefiga, a présenté les avantages de la Dotation pour Épargne de Précaution (DEP). Ce dispositif, qui permet de déduire jusqu'à 50 000 € par an oblige, certes, à épargner la moitié de la somme en monétaire ou en stocks, mais "l'idée, en quelque sorte, est de se constituer sa propre assurance", explique-t-il. Surtout, le dispositif devient encore plus attractif : depuis 2025, une exonération d'impôts de 30 % est possible lors de la réintégration des sommes en cas d'épizootie, un principe étendu cette année à l'ensemble des aléas, y compris climatiques. Le Préfet n'a d'ailleurs pas manqué de souligner le caractère "unique" et "très spécifique" du régime agricole en la matière, "avec des outils améliorés pour répondre aux besoins exprimés par la profession", représentant un "effort fiscal" pour l'État "de l'ordre de 500 M€".

Réussir son installation

La pérennité des exploitations passe aussi par la solidité des nouveaux installés. Hélène Tessier et Elise Kohser (Chambre d'agriculture) ont insisté sur l'accompagnement post-installation, listant six facteurs clés : maîtrise technique, suivi de la trésorerie, atteinte de l'EBE, rigueur administrative, équilibre vie pro/vie perso et épanouissement personnel. Une formation spécifique avec le Crédit Agricole est d'ailleurs en cours pour aider les jeunes à piloter leur budget.

En conclusion, Philippe Dutertre a lié ces enjeux à la souveraineté alimentaire, alors que des ateliers régionaux s'ouvrent sur le sujet. "En termes de gestion des risques, on a aussi et surtout besoin de lisibilité", a-t-il affirmé, avant de porter un message plus politique à l'adresse du Préfet : "On ressent aujourd'hui un manque de confiance des agriculteurs vis-à-vis des pouvoirs publics et du président de la République sur leur capacité à mener une politique agricole". Pour le président de la Chambre, ces débats "ne sont pas là pour nous dire comment produire, mais pour produire ce que demande le consommateur". Un constat partagé par Sébastien Jallet, qui souhaite que les assises de la souveraineté permettent "d'identifier et de lever tous les freins qui brident le développement". Affaire à suivre, le 6 mai à Rouillon au lycée agricole de la Germinière qui accueillera la conférence régionale sur les filières grandes cultures.

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