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Stockage du carbone
Couvrir le sol pour gagner en fertilité

À Thoigné, Florian Charpentier se fait accompagner par la Chambre d'agriculture pour réintégrer des couverts à sa rotation. Le but : ramener de la matière organique au sol pour augmenter la fertilité et réduire les intrants.

Dans une parcelle de blé de 13 hectares, Alexandre Hatet, conseiller agronomie à la Chambre d'agriculture, a ouvert le sol avec sa pelle-bêche. " C'est un sol limoneux sensible à la battance, où l'on retrouve la marque du déchaumage, mais où l'eau et l'air circulent. " Des observations qui confirment l'idée que Florian Charpentier, éleveur à Thoigné, se fait de ses sols, sans qu'il prenne souvent le temps de les observer. L'agriculteur, installé en 2018 sur l'exploitation familiale, conduit un atelier de bovins viande naisseur de 30 mères limousines et 151 ha de SAU dont 120 ha de cultures de vente. Depuis cet automne, il s'est engagé au sein du groupe 30 000 Capte (Collectif des agriculteurs de Pentvert pour la terre et l'eau) qui réunit une dizaine d'exploitants du nord Sarthe, animé par Alexandre Hatet. Ses membres bénéficient d'un accompagnement collectif et individuel, à travers notamment la réalisation d'un diagnostic bas carbone et la mise en place d'un plan d'action visant à accroître la fertilité du sol.

Des couverts exportés

Florian Charpentier a pris la suite de son père sur un système cultural historiquement conduit en labour " par défaut ", mais où l'élevage ramène, par les effluents, de la matière organique au sol. Au fil du temps, l'agriculteur tend à moins travailler ses terres et à implanter davantage de couverts pour mieux retenir l'azote et gagner en fertilité. " Les couverts contribuent à capter les nutriments présents dans le sol à la récolte et à les restituer sous une forme assimilable pour la culture suivante ", rappelle Alexandre Hatet. La ferme a pour habitude d'implanter un mélange d'avoine, de vesce et de trèfle, fin août, pour parfois le faucher à l'automne et l'enrubanner pour la ration des animaux, avant le semis du maïs le printemps suivant. Une parcelle de 10 ha est par ailleurs réservée à l'implantation de ray-grass en dérobée, entre un blé et un maïs, récoltée également pour les bovins. L'accompagnement technique par la Chambre d'agriculture vise à faire évoluer les pratiques de Florian : diversifier les mélanges, allonger le temps de couverture et assurer le retour de la biomasse au sol. " L'objectif à court terme est de garder cette dynamique de captation et d'aller en plus chercher de la structure en réduisant le passage des outils. "

Allonger la durée de couverture

Le conseiller a donc proposé la stratégie suivante à Florian : opter idéalement pour un double couvert, le premier semé après la moisson en même temps que le faux semis, peu onéreux et à pousse rapide, de type tournesol-moutarde (coût estimé : 20 €/ha), puis un deuxième implanté à partir du 20 août, qui couvrira le sol tout l'hiver. " Le but est que le premier couvert ne soit pas embêtant pour implanter le deuxième, il va faire un peu de biomasse mais n'aura pas d'intérêt à être gardé l'hiver, car la moutarde deviendrait ligneuse et le tournesol sera détruit par le froid. " Le deuxième couvert, idéalement composé de féverole (120 kg), qui capte l'azote, et de phacélie (3 kg), qui prospecte le sol, pourra être détruit en février, au déchaumeur, permettant de gagner en temps de couverture de sol, grâce à un rapport C/N faible du mélange. " Ces espèces sont facilement minéralisables par la vie du sol, ce qui évite de créer des faims d'azote, autorisant ainsi à le garder plus longtemps ", poursuit Alexandre Hatet. Cette stratégie n'est évidemment applicable que si la météo permet de semer le premier couvert au mois de juillet. Florian retient aussi l'option par défaut qui consiste à ne semer qu'un seul couvert fin août. Dans ce cas le mélange féverole-phacélie peut être additionné d'une avoine.

Réintégrer du carbone dans le sol

L'objectif est ici avant tout de réintégrer du carbone, " une ration " au sol qui ne sera pas exportée - il est considéré que ne pas exporter la biomasse multiplie par trois la quantité de carbone retournée au sol. " Un atelier type de grandes cultures en Pays de la Loire destocke plus de carbone qu'il n'en stocke et émet en moyenne (en comptant les émissions de GES et le stockage/destockage de carbone dans le sol) 4,03 t éq. CO2/ha/an. Le diagnostic bas carbone réalisé chez Florian montre cette même tendance ", indique Alexandre Hatet. Allonger et diversifier la couverture des sols est aussi une façon de casser les cycles des adventices, ce qui peut apporter une réponse à l'éleveur à son souci de vulpins résistants en rotation courte colza, blé, orge. Florian attend aussi de cette approche de gagner en fertilité pour réduire ses apports d'engrais chimiques.

Adapter le couvert à la parcelle

Dans une parcelle calcaire, un peu plus loin, Alexandre Hatet a tout de suite des idées de couverts pour améliorer la structure du sol. " Il y a ici un sol qui a du mal à se structurer et qui aura besoin de carbone stable, du compost ou un couvert ligneux. Pour ramener de la cohésion, on peut miser sur un couvert de sorgho suivi d'une phacélie implantée en août avant la culture de pois au printemps prochain. " Toutes ces idées sont autant d'outils à disposition de Florian Charpentier à tester dans les mois à venir ; pour les mettre en œuvre, il devra se fournir bientôt en semences de couverts auprès de ses fournisseurs habituels locaux.

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