Ovins
Des clés de réussite pour la filière
Une journée régionale ovine s'est tenue, mardi, dans le sud Sarthe, réunissant une centaine d'acteurs de la filière. Un événement sous le signe de la technique avec des apports sur la santé des animaux et des témoignages d'éleveurs.
Mardi 22 septembre, une journée Innov'action a rassemblé une centaine d'acteurs régionaux de la filière ovine dans le sud Sarthe. L'événement, organisé par la Chambre d'agriculture des Pays de la Loire en partenariat avec le Conseil régional, Interbev ou encore le GDS Sarthe, a abordé des thèmes techniques de l'amont à l'aval pour mieux accompagner les éleveurs dans leurs pratiques.
La matinée, qui s'est déroulée à la salle des fêtes de Dissé-sous-le-Lude, a d'abord été consacrée à la santé des troupeaux, grâce aux apports de Valérie Wolgust, vétérinaire à l'école nationale vétérinaire d'Alfort, et de Murielle Guiard, vétérinaire du GDS 72 (voir encadré). Un focus a été fait sur les clés de réussite de la préparation à la mise bas, de la gestion du parasitisme au logement, en passant par l'alimentation. La vigilance reste de mise sur le parasitisme, ennemi numéro un chez les ovins, en particulier cette année sur la petite douve, qui sera à surveiller de près dans les analyses.
Concentrer la ration avant la mise bas
L'alimentation reste le premier levier de préparation à la mise bas. " Les besoins de la brebis allaitante augmentent selon le terme de la gestation et le nombre de fœtus qu'elle porte. Plus la gestation avance et moins il y a de place dans son abdomen et plus ses besoins sont importants, donc il faut concentrer la ration ", poursuit la spécialiste. Le premier risque est celui d'une sous-alimentation en fin de gestation, mettant la brebis en situation d'hypoglycémie, avec, à la clé, un risque de toxémie de gestation lorsqu'elle mobilise ses graisses. La ration protéique est aussi à surveiller de près pour assurer la fabrication d'immunoglobulines dans le colostrum. L'idéal est de densifier la ration en commençant avant la mise bas, et en l'adaptant au nombre de fœtus et à la qualité des fourrages. Cette année, les analyses de fourrages seront d'autant plus cruciales et avec la nécessité d'aller plus loin, jusqu'aux oligoéléments et vitamines, sachant que " l'herbe verte seule apporte des vitamines liposolubles. "
L'apport de vitamines et oligoéléments sera donc au cœur de la stratégie à venir, avec "une première cure à ne pas louper deux mois avant la mise bas, avant que la croissance fœtale devienne exponentielle." Zinc, cuivre, cobalt, magnésium... "Si la mère est carencée, ses agneaux le seront aussi". L'idée est donc de couvrir la période de transfert au fœtus, la période de transfert au colostrum, puis la mise bas. Une attention particulière devra être donnée aux vitamines E (contenue dans la seule herbe verte pâturée) et A (le bêtacarotène) apportée par l'herbe, mais qui disparaît au fur et à mesure de la conservation du fourrage. La vétérinaire a fait aussi un point sur l'eau, essentielle au fonctionnement du rumen, qui doit être disponible "à volonté, à tout moment, propre et au bon débit" et sachant qu'une brebis doit boire 20 l lors de la mise bas pour assurer la montée de lait.
Faire pâturer des couverts végétaux
Si cette année le pâturage a été limité en raison du manque d'herbe sur pied, il reste pour certains éleveurs une vraie stratégie d'alimentation à moindre coût. Stéphane Pype, un éleveur de l'Oise qui conduit 350 brebis de race Ile de France, va même plus loin en pratiquant le pâturage de couverts végétaux, dont la valeur alimentaire est "aussi bonne qu'une belle herbe d'automne". Ce 22 septembre, il est venu témoigner sur sa stratégie alimentaire reposant sur une anticipation de stock de 6 mois et le pâturage de couverts sur 100 à 150 ha, dont l'essentiel est exploité par des céréaliers voisins. "Le pâturage de couverts réduit fortement la pression limaces et mulots, maintient la matière organique et augmente la vitesse de minéralisation", souligne-t-il en rappelant que "toute race ovine peut pâturer si les agnelles ont été habituées à sortir et ont développé leur rumen". En conditions sèches comme cette année, l'éleveur fait pâturer jour et nuit sur de grandes parcelles, en clôturant 20 ha d'un bloc, "sans forcément de transition alimentaire". Sur ses parcelles, il implante ses couverts à la volée au semoir à engrais et a testé cette année le semis au drone, qui "assure une bonne régularité de semis". L'éleveur a récemment conduit, avec l'association Agro-Transfert, des essais de semis de couvert en direct dans la céréale précédente "pour gagner du temps d'implantation". Un semis 15 jours avant la moisson, qui limite la concurrence hydrique entre la céréale et le couvert, a donné le meilleur résultat. Les éleveurs présents en nombre dans la salle ont été très attentifs à cet exposé riche d'enseignements.
La journée régionale ovine s'est poursuivie dans la bonne humeur avec un déjeuner sur place et une après-midi toujours sous le signe de la technique sur l'exploitation d'Urbain de Charry, à la Chapelle-aux-Choux.