Sécheresse
Les partenaires aussi sont impactés
ETA, Cuma, négociants...eux aussi subissent les conséquences de la mauvaise campagne 2026, avec des clients ou adhérents agriculteurs aux trésoreries dans le rouge.
Les conséquences de la mauvaise campagne culturale 2026 continuent de se répercuter sur les agriculteurs, mais aussi en cascade sur leurs partenaires. Négociants, coopératives, ETA ou encore Cuma doivent faire face à des clients ou adhérents aux trésoreries exsangues, quand les structures elles-mêmes doivent souvent augmenter leurs prix pour couvrir leurs charges opérationnelles.
Si la collecte d'été - blé, orge, colza - a été correcte en Sarthe, la déconvenue concerne surtout la récolte de maïs grain, les surfaces ayant été prioritairement ensilées pour couvrir les besoins des troupeaux. "Nous avons collecté cette année un tiers d'une année normale en maïs, soit 5 fois moins que l'année dernière et 10 fois moins qu'en 2024, et 50 % d'une année normale en tournesol" constate Vincent Bernard, dirigeant du négoce Férard, à Bernay-en-Champagne, qui vend principalement le grain à des fabricants d'aliments. La récolte a ensuite été vendue beaucoup plus vite cette année par des agriculteurs en besoin de trésorerie. "Cette fin octobre, j'ai déjà acheté 80 % de la récolte des agriculteurs, or nos clients, qui sont essentiellement LDC et Alifel, ont des besoins d'achat étalés sur le long terme. Cela nous oblige à stocker cette marchandise et à gérer son financement".
Des encours qui augmentent
Ajoutez à cela des encours clients qui augmentent, une situation qui se dégrade sur tous les achats d'intrants : phytos, semences, engrais. Sur ce dernier poste, les agriculteurs semblent s'être couverts surtout depuis la rentrée de septembre, rattrapant le retard pris au printemps, malgré des prix qui restent élevés. "Nous ne sommes pas habitués à être embêtés sur la trésorerie dès septembre... alors on fait comme n'importe quelle entreprise, on a des financements à court terme auprès des banques avec un coût de l'argent qui a augmenté". Le négoce de l'ouest sarthois prévoit un résultat de fin d'année forcément grevé par cette conjoncture.
Baisse d'activité pour les ETA
Dans le paysage des partenaires directs des agriculteurs, les prestataires de service souffrent aussi des retards de paiement de leurs clients. "On souhaite que nos clients gagnent de l'argent, mais ils vont mal et on ne peut rien y faire", regrette Franck Bellessort, président des entrepreneurs des territoires de la Sarthe. Face à l'explosion de leurs charges, les ETA ont dû répercuter ce surcoût sur le prix des prestations. Le moral est aussi entamé par le manque d'activité : "tout le monde réfléchit aujourd'hui à faire au minimum et à moindres frais". Alors qu'au 1er novembre, il reste habituellement des chantiers de battage de maïs et des semis de blé, et mis à part un peu de récolte d'herbe à venir en novembre, le trou d'activité hivernal s'ouvre déjà pour les entreprises. "L'hiver va être très long : les machines vont être bien entretenues, ironise Franck Bellessort. Mais comme on ne va pas avoir de trésorerie pour acheter des pièces, et bien on va laver !" Les ETA ayant du personnel peuvent désormais avoir recours au chômage partiel pour faire face à cette baisse d'activité.
Plans de paiement
Le sujet est sensible aussi du côté des Cuma, face à des situations de trésorerie des adhérents parfois graves. "Dans mon secteur, nos rendements en maïs grain plafonnent à 35 q secs, 50 q maximum. La priorité est de payer la facture d'aliment, et la Cuma est la dernière roue du carrosse", observe Ludovic Poirier, président de l'union des Cuma en Sarthe et président de la Cuma de la Charnie. Alors les Cuma font le dos rond, établissent des plans de paiement échelonnés. Pour faire face à la hausse des charges, mais aussi à l'augmentation de la cotisation annuelle versée à l'union des Cuma - conséquence de la baisse des subventions étatiques -, le coût unitaire, à l'heure ou à l'hectare, a été revu à la hausse de façon générale dans les Cuma. "Des Cuma vivent très bien toutefois, car elles se serrent les boulons, comparent chaque pièce", rassure l'éleveur de Joué-en-Charnie.
L'orge en progression
Lueur d'optimisme dans ce sombre tableau : après des semis de colza perturbés par la sécheresse et l'impact des parasites, et dont la sole est fortement diminuée pour 2027, les céréales d'hiver démarrent très bien grâce de bonnes conditions d'implantation et de levée. La surface de blé s'annonce stable, tandis que le grand gagnant serait l'orge, dont la surface progresse d'au moins 10 % sur le secteur de Férard, semé à la place d'un colza et pour éviter de cultiver un blé sur blé. Pour le printemps, les variétés de maïs mixtes fourrage et grain devraient être plébiscitées.