Alimentation
Repas à un euro pour tous les étudiants... qui arrivent à temps
Depuis l'élargissement du repas à un euro à l'ensemble des étudiants, qu'ils soient boursiers ou non, les restaurants de l'Université du Mans ont vu leur fréquentation exploser. Et les avis divergent... Si certains se félicitent de bénéficier d'un repas équilibré à très bas prix, d'autres déplorent cette harmonisation, le choix des produits et surtout les files d'attente.
Depuis le 4 mai, tous les étudiants peuvent donc déjeuner et dîner pour la modique somme d'un euro au sein des restaurants et cafétérias du réseau Crous. Auparavant, cette tarification avantageuse était réservée aux étudiants boursiers ou en grande précarité tandis que les autres usagers devaient s'acquitter de 3,30 euros. A l'entrée du "RU" Vaurouzé une partie des étudiants y prennent désormais presque l'intégralité de leurs repas quotidiens, à l'instar d'Ana, inscrite en Langues Littérature Civilisations étrangères en parcours anglais (LLCER): "Avant je payais 3,30 euros, l'économie est donc importante. C'est devenu moins cher que de faire ses courses. Et je ne vois pas de différence dans l'assiette. J'y viens aussi souvent car j'habite dans un bâtiment du Crous juste à côté." Victime de son succès, cette nouvelle mesure occasionne un pic de fréquentation entre 12h et 13h. Le nombre de repas servis au niveau national aurait en effet bondi d'au moins 40 % par rapport à l'an dernier (la hausse fut estimée à... 12 % par le Centre national des oeuvres universitaires et scolaires) et les jauges, même maximisées, ne peuvent absorber cet afflux. En clair, cette mesure n'a pas été anticipée et ne s'est pas accompagnée de moyens suffisants. Malgré des adaptations et des renforts d'agents (insuffisants au regard des récentes grèves de personnel sous tension dans plusieurs RU des Pays de la Loire*), la queue s'étire parfois presque jusqu'à la faculté de Physique-Chimie à cent mètres de l'entrée de la cantine. "Maintenant que c'est à un euro pour tous, beaucoup plus d'étudiants viennent, constate Fanta, étudiante boursière en Master de droit. Si on vient entre 12 et 13h, le temps de sortir de notre cours et de venir, on n'a pas le temps de manger. Ou alors, il faut se replier vers une cafétéria où le choix est moindre et où parfois, il n'y a plus certains plats si on arrive trop tard." Alors, quand les horaires de cours le permettent, mieux vaut se présenter plus tôt, les portes ouvrant dès 11h. "Même quand on n'a pas encore faim, souligne Hassam, également en Master Droit. Notre choix de l'heure du repas est guidé par le pragmatisme, car si on reprend à 13h30, il est très risqué de venir manger à 12h tant la file d'attente est énorme." Deux étudiants en L1 Physique Franco-Allemand sont aussi arrivés à 11 heures ce jour-ci. En fin de matinée, on passe "crème". Paul est originaire d'Ecommoy : "On mange bien à vraiment pas cher. Et les portions sont raisonnables. On pourrait manger plus mais on est quand même rassasié." Anton, venu de Montpellier, poursuit: "Il y a trois ou quatre plats proposés, même un végétarien. Bon, il y a souvent des pâtes, mais à un euro, c'est normal."
"Maintenant, quand je veux acheter de la viande, je trouve le prix aberrant"
Edna, étudiante en Master droit et boursière, estime de son côté que le choix est désormais restreint: "Je ne trouve plus ce que je préférais l'année dernière : des quiches au saumon et des paninis au fromage qui étaient proposés dans le menu à un euro. Désormais, les paninis sont à 3,30 euros. De toute façon, je n'en mange plus car ils sont maintenant au jambon, or je ne mange pas de porc." Fanta a de son côté une vision plus politique en remettant en cause l'harmonisation du prix: "Il aurait été plus juste d'assouplir les critères d'accession à la bourse. Or là, on met tout le monde dans le même bateau, avec des étudiants qui ont largement les moyens de se nourrir. On ne peut pas leur en vouloir de profiter aussi de cette mesure qui se veut égalitaire. Mais égalité ne veut pas toujours dire équité. La majorité des personnes de mon entourage n'est pas satisfaite par cette réforme."
Ce tarif défiant toute concurrence permet malgré tout aux étudiants les plus touchés par la précarité d'économiser pour leurs courses: "Quand je vais au supermarché, je dépense en moyenne deux euros par repas, soit deux fois plus", souligne Paul. "Maintenant, quand je veux acheter de la viande, je trouve le prix aberrant", pense même Anton. En s'habituant à bénéficier d'un déjeuner complet pour un euro seulement, les étudiants ne risquent-ils pas de perdre de vue la valeur réelle d'un repas équilibré ? Peut-être, mais provisoirement. Car avant d'entrer dans la vie professionnelle, cet euro n'est pas symbolique pour une partie des étudiants français comptant chaque dépense. "Mon loyer n'a pas augmenté cette année mais tout le reste est à la hausse : les factures d'énergie ou encore les abonnements. Et je ne parle pas des abonnements 'plaisir' mais ceux de la Setram par exemple, souligne Fanta. Heureusement que je n'ai pas de voiture..."
Nos étudiants sondés se disent d'ailleurs sensibles à l'identité de leur repas. Paul avoue peu se pencher sur l'origine de l'approvisionnement : "J'aimerais, mais ai-je le choix si je veux manger équilibré à un euro ?" Mais Fanta est davantage soucieuse de la provenance des produits qu'elle consomme : "D'abord pour des questions de santé et d'environnement. Manger local me paraît plus sain." S'il n'est pas connecté au monde agricole, Hassam est tout de même informé : "On sait que certains agriculteurs souffrent en ce moment et qu'ils sont menacés par le Mercosur. On aimerait davantage les soutenir à notre niveau en regardant les étiquettes. Mais on fait aussi avec ce que l'on a dans notre portefeuille."