Stratégie fourragère
" Saisir toutes les opportunités "
À Roëzé-sur-Sarthe, John et Stacy Liteau multiplient les stratégies basées sur la réactivité et l'opportunisme pour constituer leurs stocks fourragers.
" Tous nos silos sont pleins, nous dormons l'esprit tranquille ", annoncent John et Stacy Liteau, installés depuis presque un an au Gaec Ferme de la Beunèche, à Roëzé-sur-Sarthe. Sur leur " île " coincée entre le canal de Fillé à Roëzé et la Sarthe, la surface groupée et partiellement irriguée se prête à la production d'herbe, sur des sols sableux. Pour nourrir leur cheptel laitier de race montbéliarde, les associés conduisent une stratégie basée sur la réactivité et l'opportunisme.
Irrigation précoce
John et Stacy Liteau pilotent un atelier de 80 vaches à la traite pour 780 000 l de droit à produire pour Sodiaal, avec 184 ha incluant, sur la dernière campagne, 48 ha de maïs, 20 ha de blé et 10 ha de ray-grass semences sous contrat, le reste de la surface en prairies permanentes et temporaires. L'exploitation dispose d'une installation de pompage dans la Sarthe, créée historiquement par le père de leur cédant, Michel Bonhommet, qui leur permet d'irriguer 75 ha : " l'irrigation, c'est ce qui sauve tout ", reconnaissent les jeunes éleveurs.
Le couple, qui tient à ne s'enfermer dans aucun schéma, a commencé la saison en semant le maïs tôt : " tout était semé au 11 avril ", indique John qui s'appuie beaucoup sur l'avis de son conseiller Seenovia, Jean-Michel Naveau. L'éleveur a ensuite déclenché l'irrigation dès la semaine suivante, se fiant à l'évapotranspiration annoncée dans la rubrique irrigation du journal. " En mai, nous avons idéalement pris 205 mm, puis c'est parti au chaud et nous avons continué d'arroser. Tant que l'on n'a pas 25 mm d'eau tombée, on continue d'arroser. Fin juin, on était à six tours, on a vu que ça commençait à brûler. On a sacrifié 2 positions, des terres de bord de rivière, pour privilégier le reste, de toute façon il était impossible de revenir sur toutes les parcelles." Au total, 21 ha de maïs sur les 48 ont été irrigués, sans compter les prairies.
Un silo fermé 2,5 mois
Le 20 avril, le couple prend la décision radicale de fermer son silo d'ensilage : "tout le monde nous a pris pour des fous !" À partir de ce moment, John irrigue toutes ses prairies pour miser sur le pâturage, pratiqué au fil, en complément d'une ration à l'auge composée d'herbe ensilée et de maïs épi. "Je gère le pâturage en fonction du stock sur pied estimé et de la pousse de l'herbe, en faisant avancer les animaux le matin et le soir." Cette stratégie leur a fait gagner 2,5 mois de stock de maïs ensilage. Quand le silo est rouvert, début juillet, l'ancien stock est réétalé dans le fond, pour pouvoir accueillir par-dessus la récolte 2026, elle-même très hétérogène.
Les chantiers d'ensilage, justement, ont été lancés précocement, comme partout, dès fin juillet, sortant 10-12 t de MS/ha en irrigué, 6-7 t de MS/ha en non irrigué, soit un stock correct s'ajoutant au maïs économisé au printemps. Cinq hectares destinés à être battus ont été vendus sur pied à un voisin pour le dépanner. Et l'exploitation a réussi à récolter 7 ha de maïs épi sur parcelles irriguées, un peu plus que prévu. Ce mode de récolte "facile à travailler", pratiqué historiquement sur la ferme, convient bien à John et apporte de l'énergie dans la ration. À l'heure où les prairies n'ont toujours pas retrouvé leur vert automnal, les vaches du Gaec sont nourries en ration complète, soit un tiers d'ensilage d'herbe, deux tiers de maïs ensilage et un peu de tourteau, selon l'état des vaches. "Elles devraient pâturer mais depuis les deux coups de chaleur cet été, elles sont réticentes à retourner dans les prairies", constatent les éleveurs qui, avec leurs silos pleins, disposent de 18 mois de stock.
Un couvert pâturable
Ce début octobre, John et Stacy ont poursuivi leur stratégie opportuniste grâce à leur volume d'irrigation restant. Il y a trois semaines, ils ont implanté, derrière le maïs, un couvert composé de colza fourrager et de méteil, qui a été irrigué à la levée. "Dans 2-3 semaines, les vaches vont aller pâturer au fil ce colza fourrager. Et s'il se met à faire mouillant [l'exploitation est en zone inondable, NDLR], elles le pâtureront au printemps prochain", prévoit l'éleveur qui devait s'arrêter à ces seuls 4 ha, mais en a refait 6 ha samedi dernier. Ce couvert devrait être détruit au rouleau Faca par une ETA voisine.
Sursemis de prairies
Dans la parcelle, le colza fourrager a bien levé, avec, en-dessous, de la vesce, du triticale, du trèfle -un mélange à plus de 50 % de légumineuses pensé aussi pour optimiser les aides Pac. Dernière action en date, toutes les prairies accessibles aux vaches ont été sursemées avec des légumineuses, roulées, et sont en cours d'irrigation pour assurer la levée - l'exploitation a choisi un mélange fourni par San élevage, contenant aussi plus de 50 % de légumineuses. L'implantation, réalisée à l'aide d'un semoir à dents de la Cuma de Roëzé-sur-Sarthe, ne demande pas de préparation de sol et n'engage pas de frais de récolte : "l'aide légumineuses de la Pac nous paie la semence."
Cette année, le Gaec a fait le choix de ne pas acheter d'engrais de synthèse, préférant investir dans les légumineuses, qui restituent la matière organique et l'azote au sol ; un chemin de pâturage est par ailleurs en cours de réalisation, pour optimiser un peu plus les surfaces pâturées.