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AG Syndicat Limousin
"C'est désormais aux banques de se mouiller un peu" 

A Saint-Jean d'Assé, l'Assemblée générale du Seblis a été riche en discussions, particulièrement sur le sujet du financement de l'installation, enjeu on ne peut plus crucial d'ici à 2030.    

Le Label Rouge a été le premier sujet abordé. Il faut dire qu'avec la hausse des cours, les distributeurs ou bouchers se désengagent ou sont réticents à augmenter les prix. "A une époque, le Label tirait le marché vers le haut, désormais, c'est le contraire, souligne Jean-Claude Lemercier, marchand des bestiaux. On est encore à vingt centimes au-dessus pour se mettre en avant. On est loin des 50 ou 60 centimes comme avant mais ce n'est pas négligeable. C'est aux éleveurs de décider s'ils veulent continuer avec cette filière." Et Stéphane Hérisson, président du Seblis (Syndicat des éleveurs Limousins de la Sarthe) de poursuivre : "Nous n'avons presque plus de plus-value et plusieurs éleveurs m'ont alerté qu'ils ne produiraient plus en label à cause des contraintes." Presque 30 ans après leur lancement (en 1997), les viandes Limousines Label Rouge voient donc l'avenir en pointillé. Celui des éleveurs est a contrario enfin plus visible après quinze ans de vaches maigres. "Les jeunes sont prêts à investir, les prix de vente de reproduction sont records... On y croit fort. C'est désormais aux banques de se mouiller un peu", a exhorté Stéphane Hérisson. "D'autant que c'est le moment de s'installer, a insisté Delphine Breton, chargée de mission bovins viande pour la Chambre d'agriculture et animatrice de la table ronde sur l'indéfectible thème de l'installation-transmission. Jusqu'en 2030, avec la vague de départs à la retraite, il y aura davantage d'exploitations à vendre que de repreneurs. En 2035, l'étau va se resserrer."

Faciliter les reprises

Selon Laëtitia Chalopin, chargée d'expertise sur le marché agricole au Crédit Agricole venue témoigner, cet alignement générationnel et les cours exceptionnels ne semblent pas malgré tout constituer des arguments suffisants pour les banques : "Les prix sont là mais ne nous aident pas dans les reprises. Le climat, changeant, n'aide pas non plus à sécuriser les ressources fourragères." Bruno Baligand, 62 ans en mai, va céder son exploitation de 70 vaches et poules pondeuses à Sainte-Sabine. "Mon premier motif d'arrêt est que je paie trop de MSA et d'impôts", affirme t-il d'emblée. Son fils et sa belle-fille Léa, pacsés, la reprendront en fin d'année. "On est en famille, c'est plus simple. Nous avons fait beaucoup de concessions sur le cheptel, le matériel, etc. Et les bâtiments seront loués." Les repreneurs ont également choisi de contractualiser les taurillons. Les cédants peuvent aussi faciliter les reprises d'autres manières selon Laëtitia Chalopin : "En reprenant les terres à titre privé, en faisant des décrochés d'annuités ou en faisant appel à des investisseurs tiers pour racheter du foncier."

Allonger la durée des prêts ?

Dans l'assistance, un éleveur lance : "Et pourquoi ne fait-on pas des prêts de carrière et des allongements de prêts sur vingt ans ?" Delphine Breton enfonce le clou sans attendre la réponse de Romain Bansard, conseiller de gestion à AS Cefiga de Conlie : "Oui, on ne va pas se raconter des histoires : pourquoi n'allonge-t-on pas les prêts ?" Réponse du conseiller : "Et pourquoi alors finance-t-on les maisons sur vingt ans et pas quarante ? Dans les régions céréalières, on finance le matériel sur douze ans. Nous, c'est sur cinq et sept ans." Laëtitia Chalopin prend la main : "Il est vrai que les durées d'emprunt sont assez cadrées. Cela me perturbe un peu d'entendre que l'on finance du matériel sur douze ans. Je ne suis pas sûre que le tracteur que vous financeriez sur 10-12 ans soit encore dans la cour. Mais sur le cheptel, pourquoi ne pas ouvrir des pistes de réflexion aujourd'hui et aller sur un allongement de durée. La règle, c'est douze ans. Et quinze ans, au cas par cas."  Autre interrogation dans l'auditoire : la nécessité souvent exigée de produire du hors-sol pour pouvoir s'installer en VA ? Pour la conseillère du Crédit Agricole, il s'agirait là d'une idée reçue : "On a accompagné des installations 100 % allaitantes quand le profil du candidat et la viabilité du projet étaient réunis. Arrêtez de penser que l'on n'aide que les installations en volailles !" Et de poursuivre : "Quand, par exemple, un jeune a commencé avec 30 moules à veaux et qu'il est monté à 70, la trésorerie peut être assurée par un financement de croît interne. Mais il reste primordial de sécuriser ses revenus en contractualisant une partie de sa production. Aujourd'hui, on commence même à entendre parler de vaches de réforme contractualisées." Répartir au mieux les risques reste le meilleur moyen de donner confiance aux futurs éleveurs.

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